« Nous voulons la Révolution, pacifiquement, si possible, violemment si nécessaire. »

 

Bruxelles, Belgique, 19 février 2019.

 

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Nous n’avons pas l’habitude de faire simple. Un certain prestige de l’incompréhensible amuse notre orgueil. De tous les regards dont se fend le citoyen-spectateurs, celui de la méduse est pour nous le plus jouissif.  C’est une des puissances de l’ébahissement que d’oter, un temps, le masque hideux de la société marchande par-dessus les visages blêmes de ses flics les plus bénévoles.  Nous ferons simples. Au  plus bref. Que le lecteur pardonne les poètes, de céder parfois a des excès de plume, comme d’autres cèdent à des excès de boisson.

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Panoptique.

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La confusion règne au sein du mouvement gilets jaunes belges. Une confusion essentielle, puisque c’est précisément ce qui en fit une force d’irruption, propre à interrompre par instants le cours réglé de la société capitaliste. Les légitimes revendication contre les taxes émergèrent et trouvèrent échos au plus profond du pays, touchant le plus lourdement ceux pour qui l’emploi d’une voiture est vital. Ce qui n’était qu’une goutte d’eau s’est bien vite transformé en autres choses. Le gilet jaune, dès lors, n’a plus été une révolte contre la vie chère. Mais une révolte pour la vie elle-même. Le succès du slogan «  je veux vivre, pas survivre. » fait échos à toute l’histoire de la philosophie. A  la question essentielle  du politique.  Celle du mode de vie, de la façon dont les êtres établissent entre eux des codes et des coutumes. Hors, ce qu’ont révélé à une masse de gens ces premières confrontations avec l’ordre réglé de la monarchie belge, c’est que la vie, entière, est une affaire d’Etat. Que l’état, cette chambre notariale du capitalisme, avait déjà réglé, tous les pend de leur vie. Il est vrai que l’illusion démocratique avait déjà depuis quelques années perdu les attraits de sa fiction. L’inflation croissante de l’emploi du mot démocratie correspond assez naturellement à la perte de son sens. Il peut invariablement servir à justifier une alliance MR/NVA, ou la poursuite pour des raisons politiques  d’étudiants,  ou, ailleurs, le tabassage, la mutilation, le coup d’état.

Et petit à petit, ce qui faisait minorité s’est fait majoritaire dans l’opinion. Venue d’horizons politiques très différents, la critique de la démocratie représentative commence à devenir majoritaire. Il vient désormais de tous les bords politiques, philosophiques, et religieux. Au centre de cette hostilité générale, plusieurs classes se divisent le travail de domination. Il y’a les grand capitalistes, les capitalistes nationaux, puis, l’immense armée que représente la classe moyenne supérieur, « classe oligarchique de masse ». Le mouvement gilets jaunes est un consensus provisoire de tous les mécontents pour attaquer ce centre. Sans doute l’histoire à mythifiée quelques luttes du passé. 36, 68, et tant d’autres. Mais, ce qui ressort des témoignages, avant tout, c’est l’extrême confusion par laquelle un évènement fait histoire.   Et comme à l’intérieur même de l’évènement, des bifurcations et des hasards font et défont d’autres évènements, les êtres, contaminés par l’espace, le temps, la chaleur intime d’un besoin de communisme(1),  changent eux aussi.

 La révolution est avant tout une question intime.

(1)Nous employons le mot de  communisme,  non pas dans son sens historique mais dans son acception sensible et désirante. Plus que l’URSS, Lénine, ou le PTB, nous appelons communisme l’ensemble de ces instants où s’annule le règne de la marchandise. Comme on offre une cigarette ou un coup de fil à un  inconnu dans le besoin ; comme on descend les poubelles de cette voisine âgée ; comme on empêche un gilets jaunes de se faire arrêter, comme on, prépare un repas à ses amis, comme on laisse les enfants jouer en rue un soir d’été  : on fait communisme. Le communisme n’a jamais été autre chose que qu’une certaine manière de pratiquer la joie et le partage.

 

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Feluy caput mundi.

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Ce jour-là nous rentrons de Paris. 24 novembre. Acte II. Mal installé, mal partout. Bleus sur les cuisses. Au bon souvenir des flash-ball. Les rêves pleins de barricades. Dans la voiture l’un.e d’entre nous dort. L’autre se farcit le discours, banal et triste, du conducteur contacté par blablacar. A chaque blocage ce dernier peste. Celui qui l’écoute sourit. Il sourit intimement. Plus d’essence à Feluy. Il faut faire un immense détour parce que la police, autopompe sortie, bloquent les routes. C’était beau.  J’avais vu déjà, avant de partir à Paris ce qu’il se passait à Feluy. La violence de la police. La réponse des gilets noirs.  Puis cet homme sur RTL-TVI qui refuse de condamner ce que les journalistes appellent «  les casseurs ». Ils les appellent même : les combattants de la liberté. Tout le monde aime le black block. Il évoque la grève du siècle, mai 68. Nous nous sommes dit : «  enfin, il se passe quelques chose ».

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Etat tampon

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Les irruptions à Bruxelles ont laissé une vive impression. D’abord par la répression à la fois tendre et féroce, typiquement belge, et par la radicalité des pratiques. Blocages, confrontations avec la police, tag, incendie d’une voiture de police, tentative d’irruption dans le parlement européen. Ceux qui fantasment sur «  les gilets jaunes étaient un mouvement pacifistes au départ » font preuve d’une bien étrange amnésie. Nous tenons à leurs rappeler que ce pays est né d’une révolution violente. Notre ligne reste quant à nous «  pacifiquement si possible, violemment si nécessaire. ».

Car ce que la violence à introduit dans les formes politiques en Belgique, c’est la fin du mauvais script incompréhensible que co-écrivent politiciens, journalistes, animateurs du procès de consommation,  présidents d’associations, dirigeants syndicaux. Ils étaient comme physiquement incapables de comprendre ce qu’est le mouvement gilets jaunes.  Et soudain, le masque est tombé. Voilà le vrai visage de ces hommes providentiels. Des lâches. L’évidence de leur entre soi est apparue au grand jour. Ils sont apparu tel quel, nus, planant dans d’autres sphères.  Il devenait, pour ces pouvoirs conjoints, impératif de rétablir les masques. La politique en Belgique peut se résumer d’une manière. Nous l’appelons, non sans amertume, la méthode Sémira Adamu ; tout ce qui crie trop fort, on l’étouffe avec un coussin.

En tant qu’il est un état bourgeois modèle le royaume de Belgique a su, installer en politique une culture du consensus. Une culture de la discussion. Et rien n’est légitime s’il n’est passé par milles parlements, milles communautés, quelques intercommunales et autres chambres froides. Le mouvement gilets jaunes, en affirmant continuellement que «  chaque gilets jaunes est son propre représentant » a tenté de casser l’incompréhensible division du travail de  domination que l’appareil ultra bureaucratique belge, puis belgo-européen, a su imposer. Au pays de l’absurde, l’incompréhensible s’est fait loi. Et rien n’est plus recherché par nos politiciens et nos médias que les perpétuations de ces absurdités sans intérêt qu’ils nomment «  vie politique ».  En affirmant toujours que la souveraineté est ailleurs ils se dédouanent de toutes responsabilités. Et pour cause, à l’heure de la dictature autonome non souveraine, personne n’est responsable. L’ordre policier diffus, a fait de chacun les garants d’un ordre intégrée à leurs âmes ; dont témoignent leurs gestes. C’est sur cette force là que le gouvernement belge a misé.

Là où une certaine culture du conflit politique fit du mouvement gilet jaune français une combustion spontanée ; le mouvement gilets jaunes belges est quant à lui un mouvement d’importation. Inutiles d’insister sur les similitudes. Elles sont évidentes pour qui daigne regarder. Les différences, par contre, soulèvent plusieurs points d’intérêts.

Résumons : Différence d’abord dans la forme du gouvernement en France et en Belgique. Si là-bas le monarque règne et incarne de son corps le peuple et la nation, ici le monarque ne règne pas. Le premier ministre est le fruit de complot entre grand parti politiques. Un hasard, ou un nécessité, voulu que le gouvernement tombe, en plein début du mouvement gilets jaunes belges, autour de la diversion sinistre que fut le pacte de Marrakech. Ainsi, le mot, d’ordre qui faisait consensus au sein des gilets jaunes, «  Michel démission », n’a plus eut de sens. Quoique le dit Michel, soit toujours le premier ministre d’un gouvernement en affaire courante. Par ce retrait notre chant commun nous fut enlevé, et seul le vague «  tous ensemble » est à même d’être crier par chacun d’entre nous. Il n’y donc plus personne pour se faire le réceptacle de cette colère.

La France, vieille nation orgueilleuse, est ce pays où tout est politique et où tout finit en chanson. Les deux choses sont liées. Toutes les armées partent à la guerre en chantant, et ce qu’une simple chanson comme «  on vient te chercher chez toi » et la «  marseillaise » créent, c’est  un sentiment de communauté dans la lutte, un sentiment d’être vraiment tous ensemble. Le mouvement gilets jaunes belges n’a pas encore atteint ce point. Il n’en est qu’à la phase où il se cherche. Comme au début du mouvement français, les plus frileux, les plus lâches, les moins disponibles, les plus lassés du pacifisme quittent le mouvement petit à petit. C’est une bonne chose en soi ; ne restent que ceux pour qui porter le gilet n’était pas uniquement un ras le bol du cout de la vie, mais un ras le bol général de la société. Car si le gouvernement français a échoué dans sa tentative de normaliser le mouvement, en réclamant des représentants, en réclamant la déclaration des manifestations, un service d’ordre  pour empêcher les «  casseurs » – le gouvernement belge lui, a amplement réussit son coup. Le groupe gilets jaunes de Bruxelles a été une synthèse de cette normalisation. Voulant faire perdurer le mouvement, quelques petits chefs auto-proclamés ont déclarés les manifs, organisés des cortèges stupides jusqu’à l’Atomium qui n’ont pas manqué de décourager par leurs platitudes les contingents hollandais, flamands et allemands qui avait vus, dans la radicalité des manifestations bruxelloises les prémisses d’une insurrection. Autrement dit, le mouvement gilets jaunes belges, en acceptant les codes imposés par l’état est devenu une force militante comme une autre. Avec ses petites marches funèbres d’un point A à un point B, c’est petites marches sans conséquences, ses happenings, prévus à l’avance, sa stratégie de racolage pour massifier le mouvement. Il ne reste plus qu’à monter un parti.  Lors de la dernière manifestation bidon organisée par Gilets-Jaunes Bruxelles, il fut même annoncé au micro : «  si quelqu’un à un problème avec la police qu’il s’en aille. » Ce que nous fîmes, merci de cet aveu et bonne marche.

Bien sûr que nous avons un problème avec la police. Bien sûr que nous avons un problème avec ceux qui brident sans la moindre honte le droit de manifester. Ceux qui gazent, nassent, tabassent, parquent dans des hangars pour protéger leurs maitres. Oui nous avons un problème avec la police, parce que la police est une milice politique, ils sont des militants, d’autant plus dangereux qu’ils ont pris les armes pour défendre la société telle qu’elle est. Voilà pourquoi nous affirmons qu’il est essentiel de se battre contre eux. Qu’ils retirent leurs casques, qu’ils nous laissent passer et nous cesserons alors de les prendre pour cible. Nous n’avons aucune haine. Nous voulons faire la révolution.  Ils ne sont que le premier mur à abattre pour y arriver.

Les « gilets jaunes pacifistes » ces agents inconscients de l’ordre policier désignent, dénoncent, et montrent du doigt. Ils s’offusquent que l’on puisse agresser un journaliste de RTL TVI. Ils disent « nous ne sommes pas des casseurs », en empêchant une main libératrice d’entrer dans les bureaux de la télévision d’état à Mons. Ce qu’ils entendent par-là, bien sûr, c’est qu’eux, par contraste sont des êtres respectables. Voilà tous ce qu’il reste à ceux qui se sont vu dérobée leur vie entière : quelques prédicats, quelques idoles, pour vêtir leur impuissance nue. Ils se donnent, par quelques retenues, l’illusion qu’un bon maitre quelque part les caresses pour les féliciter. Ils ont gardé de l’enfance la passion de suivre et d’obéir sans en conserver le gout d’explorer les mondes pour s’y échapper. Ceux-là sont les meilleurs amis de l’ordre existant ; ils aboient, et cet aboiement est comme un coup de fouet pour celui en qui demeure encore un peu la honte de se révolter.

 

Nous n’avons rien contre les pacifistes en soi. Nous refusons simplement leur impérialisme dans la lutte, cette manière orgueilleuse de vouloir et de faire en sorte que tous agissent comme eux. Cette volonté de régler les comportements est totalement contradictoire avec la diversité des tactiques qui fit du mouvement gilets jaunes une impressionnantes forces d’irruption. Là où jamais un «  casseur » n’a empêché une méthode pacifique de révolte, certains pacifistes se croient autorisé à empêcher un «  casseur ».  Méthodes pacifiques et méthodes violentes ne s’opposent pas. Elles deviennent même redoutables lorsqu’elles s’entendent et se soutiennent.  Ceux qui se battent pour des images ne gagneront que deux minutes de journal télévisé.

Nous autres, gilets jaunes autonomes, prenons le terme de «  casseurs », comme une légion d’honneur.  En vérité, chaque fois que le pouvoir nous insulte, il confirme un peu plus que nous avons raison.

A Paris, lors de l’acte 13, un mur de l’assemblée nationale disait : «  Qui ne casse rien n’a rien. »

Ce mur était plein de sagesse.

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Autonomie des luttes, convergence des chutes.

« Fin du monde, fin du mois, même combat. »

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Nous ne sommes pas apolitiques. Nous revendiquons, au contraire, de faire des politiques. C’est-à-dire d’un coté de vouloir créer des mondes meilleurs, et de l’autre, de vouloir détruire tous ce qui se dresse contre leurs érections.

En revanche, nous sommes apartisans. Et jamais notre lutte n’entrera dans leurs urnes. Jamais nous ne suivrons l’agenda d’un parti ou d’un syndicat. Jamais nous ne nous présenterons aux élections. Et, si nous acceptons d’avoir des porte-paroles, nous destitueront, un par un, tous ceux parmi les gilets jaunes qui se proclameront représentant.

L’appellation autonome veut dire que nous construisons notre politique en dehors de tous cadres institutionnels.  Nous regrettons de devoir ajouter autonomes à coté de «  gilets jaunes », tant cela était au départ une évidence, tant cela était au départ un pléonasme. Notre ligne est, et restera l’autonomie des luttes.

Si nous refusons de nous fusionner avec partis ou syndicats, nous partons tout de même de la situation. La puissance des syndicats en Belgique est immense. Que les choses soient claires, nous n’avons pas la moindre confiance dans les directions syndicale. Elles sont à destituer, exactement comme les gouvernements, même en affaire courante, sont à destituer. Mais c’est un fait, hélas, qu’en Belgique rien ne se fait sans les syndicats. Nous savons déjà, qu’un nombre importants de gilets jaunes sont syndiqués. Nous savons qu’a l’approche des élections et du printemps, les syndicats vont manifester et se manifester.

Nous, gilets jaunes autonomes, appelons à soutenir les travailleurs en luttes et les bases syndicales. Nous refusons de croire que la base syndicale n’est pas elle aussi harassée, épuisé, fourbu de la vie que l’on nous fait mener. Nous appelons tous gilets jaunes en lien ou en lutte avec des syndiqués à tenter de les convaincre de dépasser les mots d’ordres, et de faire la révolution avec nous en y mettant la puissance que eux seule détiennent.

De même nous appelons à soutenir les manifestations climat du jeudi.  Ces  manifestations ont surtout réunit des jeunes, très jeunes, issus d’écoles flamandes. L’ambiance est plutôt bon enfant mais le nombre est là, et la motivation palpable. Pour beaucoup d’entre eux il s’agit de leur première manifestation. Et quelle leçon donné a tous les organisateurs de marches folkloriques de gauche. La joie qu’ils ressentaient à se réapproprier l’espace publique est communicative.

Rares sont les moments de mobilisation qui dépassent un peu le cadre conventionnel des manifestations. Bien entendu, nous savons la naïveté qu’il y a à demander à une classe politique incestueusement liée aux classes financières écocides de régler les problèmes dont ils sont la principale cause. Mais ce que révèle cet appel a sécher les cours pour manifester chaque jeudi en faveur de politique climatique, c’est, qu’effectivement, la question écologique à commencer à percoler, à infiltrer les esprits. Et aussi, qu’intuitivement, tous savent que voter et marcher une fois par an ne suffira pas. Ces jeunes gens sont, en vérité, en train d’appeler une grève hebdomadaire pour le climat.

Passerons-nous à coté de cet appel ?

Trop souvent, et surtout depuis l’explosion du mouvement gilets jaunes, les classes possédantes ont tenté d’opposer la question sociale et la question climatique. A l’instar du groupe Gilet Jaune de Charleroi, nous pensons que ces deux questions intimement liées, et que l’une ne se réglera pas sans l’autre. Que les pratiques écologistes doivent cesser d’être des privilèges pour bourgeois à la recherche d’une bonne conscience. Qu’il y a un droit inaliénable au bien manger, au bien vivre, un droit inaliénable à ne pas subir la pollution, un droit inaliénable à jouir de ce qu’il reste de beauté dans ce monde dévasté par l’industrie.

Que les classes populaires du monde entier sont les premières à subir les effets néfastes du dérèglement climatiques. Que le désastre n’est pas pour demain : il est déjà là.

Fin du monde, fin du mois, même responsables, même combat.

Enfin, pour la première fois un Belgique s’organise une grève des femmes. Collecti.e.f 8 maars, groupe féministe autonome appelle  « Toutes les femmes du pays sont invitées à – rendre visibles leurs réalités et les différentes oppressions qui s’y mêlent, leurs colères et leurs envies et en parler autour d’elles – se rencontrer pour se découvrir des convergences et tisser des solidarités – s’organiser là où elles sont, en montant ou en rejoignant un groupe de mobilisation le 8 mars, cesser de travailler, de prendre soin, d’étudier et de consommer et démontrer ainsi que «quand les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête ». »

Nous appelons à soutenir cet appel. Non seulement parce qu’il est insupportable que dans un monde composé à majorité de femmes, ont puisse encore nous appeler et nous traiter en «  minorité », mais aussi parce qu’une des particularités du mouvement gilets jaunes est le nombre élevé de femmes qui le compose alors que les milieux politiques et militants sont principalement composés d’hommes. Nous n’oublions pas que la révolution russe commença par une grève des femmes. Nous n’oublions pas que la révolution française commence vraiment lorsque les femmes obligèrent le roi à rentrer à Paris.

Quand les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête.

Il ne s’agit nullement de faire fusionner ces mouvements, tous, nous avons nos propres raisons de nous révolter, et nous devons tout faire pour les conserver. Mais nous pensons qu’au pays du consensus, seule une synergie du mouvement gilets jaunes, des bases syndicales, des grèves des écoliers, des femmes et des élécteurs permettra d’ébranler le pouvoir en place et, sinon d’atteindre la révolution, au moins d’arracher au pouvoir quelques armes en prévision du prochain round.

D’ici là, une autre stratégie veut que des lieux soient ouverts pour que tous ces mondes, qui encore se regardent avec méfiance, puissent se rencontrer.

Nous appelons à l’autonomie de chacun, et à la synergie de tous.

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Grève des électeurs

« Si la démocratie c’est ça, nous ne voulons pas de votre démocratie. »

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Pourtant, autour de nous tourne le monde. Puis ces villes et campagnes où nous sommes joyeusement enfermés. Autour de nous ces choix qui n’en sont pas. Ces carrières que l’on nous propose. Ces jobs qu’on nous impose. Ces études qu’il faut bien faire. Autour de nous ces images qui défilent. Ces sons qui s’enfuient. Toutes ces fêtes auxquelles l’on se rend encore, par habitude ou par ennui.

Et toujours au final  ce sentiment qu’il manque un substrat à l’existence.

Nous voilà donc jeté dans le siècle du divertissement. Siècle d’ennui.

On ne peut divertir qu’un être qui s’ennuie.

Nous aurons, par-dessus tout, bientôt à subir deux années électorales. Cela a déjà commencé. Déjà s’affichent ces visages d’inconnus et d’inconnues qui réclament notre suffrage au nom d’un bonheur général.  Cette mascarade à déjà été jouée trop de fois. On observe, distrait, les ambitions s’ébattre comme on regarde une mauvaise pièce de théâtre. Comme une antépénultième rediffusion du mariage de mademoiselle Beullemans. Tout y est mauvais. Les acteurs. Le scenario. Les dialogues.

Tandis que d’autres gèrent le cours de nos vies. Tandis que nos choix se résument a si peu de choses réellement choisies ; nous attendons, exalté ou patient, que quelques chose se passe.

Mais rien ne bouge.

D’avance, nous connaissons le déroulement de ce mauvais rêve. C’est qu’encore une fois, ce spectacle est de l’ordre du déjà-vu. Comme tout le reste.

Le Parti Socialiste fera semblant d’être de gauche. Le CDH fera semblant de s’opposer. La droite accélérera ses projets répressif, raciste  et antisocial. Le vote utile sera invoqué.

«  Sortez les sortants ! »

Sera invoqué aussi la possibilité d’une nouvelle majorité PTB. Et puis, Ecolo jouera comme toujours le rôle de variable d’ajustement.

Nous voici à nouveau noyé de force dans l’eau vaseuse d’un habituel filet de duperie. Et c’est le même tapage tous les quatre ans. Il ne reste encore pour s’y intéresser vraiment que l’éventail des râteliers universitaires, journalistiques et associatifs – et de temps en temps, ce brave citoyen mu par l’habitude. Au final, quelques changements à la marge seront obtenus.

Mais ce ne sera qu’un changement de personnel. Et encore. Puis tout ce beau monde, après avoir joué les gladiateurs au cœur de l’arène, se retrouvera à la buvette pour quelques arrangements. Au royaume de Belgique, le pouvoir est à la République des Copains.

Tout ça, pour ça.

On n’invoquerait pas tant la démocratie si elle semblait évidente à chacun.

On ne parlerait pas tant de peuple si nous avions encore la sensation de faire peuple.

C’est qu’en réalité, ce qu’on appelle société n’est qu’un ensemble de dispositifs destinés à mettre chaque individu.e.s sous tutelle.

L’école n’appartient pas à nos enfants ; elle appartient aux professeurs.

La rue ne nous appartient pas ; elle appartient à la police.

L’usine, ou le bureau, ou nous passons la majorité de notre temps, appartient à un boss.

Même le lieu où nous vivons ne nous appartient pas.

– les heures appartiennent encore aux horloges.

Et nous devrions, en plus, céder à d’autres le loisir de gérer une commune, une région, un pays, un continent ? Rien ne nous est plus propre sinon la peine d’une vie passée dans l’absence à soi, soumis aux désirs d’autrui, à la contingence des grands intérêts qui monétisent l’ennui. Tous devinent pourtant le désastre qui s’avance. Et la lourdeur des jours qui se ressemblent. Des vacances si semblables aux dernières vacances. Cette sensation d’éternellement courir sur un tapis roulant basic-fit. Cette sensation de courir sur des chemins qui ne mènent nulle part.

Pourtant, nous étions 15,7 % des électeurs et électrices à ne pas voter en 2014. Nous étions 1,2 millions à refuser de participer à la farce électorale. Que ce soit pour des raisons politiques, par désintérêts, ou par manque d’organisation.

Nous étions 1,2 millions, donc, à refuser le chantage à l’amende.

Que le vote soit obligatoire est en soi, encore un argument contre la démocratie représentative.

On n’invoquerait pas tant la démocratie si elle semblait évidente à chacun.

Entrons en grève.

Si la démocratie c’est cela.

Si la démocratie c’est choisir tous les quatre ans qui ira négocier à notre place le court de nos vies, dans l’opacité des palais, et des sièges de parti ;

Si la démocratie consiste à voter pour une politique et obtenir invariablement une gestion centriste et libérale, soumise aux desiderata de l’Europe des marchands ;

Si la démocratie, c’est offrir un blanc-seing à quelques partis pour qu’ils négocient ensuite entre eux, aux mépris des choix politique, en invoquant, bien sûr, la démocratie – décidément bien pratique pour justifier toute trahison ;

Si la démocratie c’est cela :

Nous ne voulons pas de votre démocratie.

Entrons en grève.

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Construire des communes.

« Comme il serait doux de vivre en amis, ensemble, selon nos coutumes et nos architectures. »

***

On peut voir les choses de deux façons : soit la politique est l’art de déléguer ses désirs à quelques-uns, soit la politique est l’art de vivre ensemble et d’établir entre chacun et tous, des proximités et des distances. Ceux pour qui la politiques est l’art de la délégation et qui prétendent vouloir abattre ce régime sont au mieux des imbéciles, au pire des lâches.

Nous croyons que ce qui est commun à tous les tyrans, ce n’est pas tant le pouvoir qu’ils détiennent, ni la forme que prend ce pouvoir ; mais plutôt cet étonnement chaque matin renouvelée de voir que tout cela tient. Que l’immense supercherie continue de battre tambour dans les esprits. Et chaque matin, ce même soulagement de voir que rien ne bouge. Que rien n’est venu altérer l’ordre du mensonge. Que personne encore ne s’est écrié assez fort pour réveiller les autres «  Mais ! Attendez, il y’a quelques choses d’étrange dans tout cela. »

« Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvernés, il y’aurait des révolutions tous les matins. » disait cet évêque qui n’était manchot que du pied et dont la longue fréquentation des princes avait affuté le cynisme et l’effarement.

On peut toujours déléguer sa souveraineté à un autre. Se faire prétendant signataire du contrat social et passer sa vie dans l’enfance. Passer sa vie sous tutelle. De la naissance à la mort. Vivre dans des lieux qui appartiennent à d’autres. Travailler pour faire gagner de l’argent à un autre. Déléguer sa souveraineté à un autre pour qu’il fasse fructifier d’autres intérêts.

De l’autre côté, on peut déclarer que nous voulons simplement être ensemble. Et que pour être ensemble, il y’a besoin, sinon de règles, au moins de coutume. La coutume n’est pas toujours cette chose fixe et aliénante qui rappelle l’emprise étouffante du vieux monde morale. La coutume, c’est aussi cette manière de rendre la vie plus douce. Comme on se dit bonne nuit en se faisant la bise. Comme on déjeune ensemble. Comme on prend sa pause clope avec un collègue aimable chaque après-midi. On établit des coutumes. Il se pourrait qu’une nouvelle forme de coutume, débarrassée des croyances et des superstitions, qu’une nouvelle forme de coutume disions-nous, souple et bienveillante, vienne remplacer l’implacable rigidité froide de la loi, par essence impersonnelle.

De l’autre côté, on peut déclarer que nous voulons nous-mêmes bâtir notre maison, notre villages, notre cité, pour les habiter de nos propres coutumes. Les construire, les penser, selon une autre architecture, selon un autre art de vivre. Rien n’est plus mutilant que cette manière de vivre à basse intensité imposé partout. Que ces maisons et ses centres commerciaux qui défilent identiques derrière les vitres du train. Ces horaires qui font se ressembler les semaines, les années, les vies.

Comme il serait doux de vivre en amis, ensemble, selon nos coutumes et nos architectures.

Mais rien ne nous empêche ! Sinon notre habitude de baisser la tête. Le chien n’est pas le meilleur ami de l’homme pour rien. Nous craignons tant d’être abandonnés du monde que nous n’osons pas abandonner ce monde qui nous a pourtant abandonné depuis longtemps. Mais rien n’empêche en vérité ! Sinon un régime faible, qui partout ne tient plus que par la férocité de sa police, et la gentillesse de ceux qui s’insurgent.

Partout il y’a des maisons vides, des villages vides, des cités vides, des existences creuses. Elles ne demandent qu’à être habités de nos nouvelles coutumes. Elles ne demandent qu’à abriter ceux qui vivent en amis. Revendiquer c’est attendre. Il n’y a de révolution que dans cette manière d’établir à la fois les mondes que nous voudrions voir advenir, et d’attaquer tout ce qui se dresse contre leurs érections.

Etablir les journaux qui nous informeront. Ecrire les livres que nous voudrions conter à nos enfants. Nous arranger comme nous voulons avec le travail. Animer le clan qui remplacera la famille. La forme d’amour qui abolira enfin le couple.

Bref, construire des communes. Combler le creux entre la vie et nous.

Marcher sur la tête des rois.

Vivre.

Vivre déjà, les mondes que voudrions voir advenir.

Ne plus se laisser nommer par d’autres.

Posséder le temps.

Bref, construire des communes.

 

***

 

Et pour ceux qui se demandent comme nous trouver :

Nous sommes là, chaque fois qu’un chef est destitué,

Nous sommes là chaque fois qu’éclate une émeute.

Nous sommes là chaque fois qu’un mur appel à la révolution.

Nous sommes là, chaque fois que s’ouvre un lieu

À l’intérieur duquel est aboli le monde de la marchandise.

Nous sommes partout où poussent les mauvaises herbes.

Nous sommes partout où poussent la joie et le partage.

Nous sommes la main qui aide un camarade à se relever

Et empêche la police de l’emporter.

 

Nous appelons à l’espoir,

Ce monde est déjà mort.

Il ne serait pas si méchant s’il ne se savait déjà en phase terminale.

Le régime ne tient plus que par sa police.

Le monde est à portée de main.

Gilets Noirs

Gilets Jaunes,

Chasubles rouges,

Gilets verts,

Gilets Mauves

Tous en grève.

Attaquons : maintenant.

 

 

 

 

Quelques Gilets Jaunes, Noirs, Rouges, Verts et Mauves.

 

 

Liens :

Groupe Facebook Gilets Jaunes Autonomes.

Grève des femmes

Grève des électeurs.

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