Maitre,
Permettez moi l’expression, qui, sous ma plume résonne plus souvent de sarcasme ou de haine que de révérence. Trouvez y plutôt la marque d’un respect, et d’une réelle fascination – ce mélange d’attirance et de rejet – pour votre maitrise de l’art des lois et de leurs manipulation.
Le temps a passé et je pensais que la réédition de mon recueil de poésie, dont je vous ai promis un exemplaire viendrait plus tôt. Mais l’autogestion, dans une assemblée générale comme dans une petite maison d’édition autonome entraine ses retards, ses exigences et ses flemmes. Cette réédition est pour bientôt.
Mais là n’est pas la seule raison de ce mail. Je tenais aussi à vous remercier pour la défense que vous avez portée. Pour vous remercier de cette fougue rassurante qui, dans le tourbillon des sentiments d’impuissance et des prises d’anxiolytiques, me rassura. L’évocation de Guy Debord, aussi, dans ce désert intellectuel qu’est le monde de la police, m’a reconnecté à une partie de moi-même. Comme si les versets de la société du spectacle avaient pour effet, quasi magique, de vous reconnecter avec vous-mêmes. Je crois que Debord, ce grand plagieur de l’ancien testament, n’aurait pas renié cette comparaison biblique.
Vous remercier donc, d’avoir pris ma défense, et je n’en doute pas, la défense d’un certain nombre d’autres gilets jaunes. J’aime à rire avec un amis en vous évoquant. On vous appelle, selon un terme emprunté au sinistre Macron « la race des avocats d’extrême gauche » qui fait tant rager la bourgeoisie. Quoique cailloux vous gênez le talon dans le godillot qui écrase une tête sur le bord d’un trottoir. Puis, sans votre insistance et cette flamme dont il est évident qu’elle vous anime – qu’elle vous anime jusqu’à un grain de folie – tant de vies se seraient vues ruiner.
Le mouvement gilets jaunes est une révolution des désirs. Nous avons retrouvez la passion de nous retrouver. Et nous qui allions séparés, sans savoir même les raisons de notre non-rencontre, marchons ensemble. Voilà que l’on s’est parlé. Qui sait encore pourquoi l’on se toisait hier ? Et ce sentiments affectif fort, qui nous lie malgré tout, ancre comme inéluctable la victoire de ceux qui réclament simplement de vivre. Damnés des fins du mois promis à toutes les fins du monde. L’état et le capital n’ont que trop durement frappé nos vies. Qu’avons-nous à perdre à présent ? La répression enfante des monstres. Et ce pouvoir est bien faible, lui qui ne tient plus que par sa police. Tous pressentent sa fureur comme ultime sursaut de la bête en train de crever. Et comme il nous plaira alors, de parler du monstre froid comme d’un vieux souvenir. De décider ensemble de coutumes et d’architectures comme nous le fîmes sur les ronds-points. De nous rappeler comme il fut doux de trouver autant de complices.
Ainsi à chaque fois que vous avez défendu un gilet jaune, c’est pour moi, et tant d’autres, comme si vous aviez défendu une sœur ou un frère, un ami ou une amie. Nous ne l’oublierons pas. Car voilà que nous sommes sortis des égouts du monde, nous corps épuisés, nous corps asservis, nous corps silencieux. Nous avons appris à hurler. Et ce cri lancé un 17 novembre n’en finit pas de faire échos dans les vallées fertiles où l’on conspire à la fin de leur monde. Le printemps sera une joie. Ce monde est une friche. Et « à chaque être une autre vie me semble due. ».
On pourrait opposer à cette analyse romantique du mouvement tout un tas de sociologies, de géographies, où que sais je. Mais voilà, nous n’avons plus envie d’être des objets. La panique conceptuelle des universitaires nous amuse. « Tiens, mais ces objets peuvent devenir des sujets autonomes » se disent-ils, cherchant dans quelques statistiques à compter ce qui n’est plus quantifiable. Il faut dire qu’ils ont oublié ce que fut, à une époque, la solidarité et l’amour à l’intérieur du mouvement ouvrier. Le communisme bien comprit sera une révolution de l’amour et de la tendresse. Le communisme bien comprit sera une révolution anarchiste. En avant sacré-cœurs ! Il faut gagner le monde.
Merci encore.
Amicalement,
Anathème.

Leave a Reply

S’abonner à la newsletter