Préfaces

« Assigné à existence », postface du Groupe Anathème.

By 5 janvier 2020 juin 10th, 2020 No Comments

« L’existence était vide, alors nous l’avons squattée. »

Paroles d’arrière garde,

Par le Groupe Anathème

« Nous affirmons sans phare, qu’un squat, une zad, ou une teuf peuvent être des œuvres d’art dans la mesure où ils s’appliquent à faire monde. Une cabane au milieu d’un bois est une simple cabane. Une cabane au milieu des Landes, est une œuvre qui trouve sa raison, sa beauté, son histoire, dans la situation de luttes où se confrontent l’état-capital français et les zadistes. Que la lutte s’épuise ou disparaisse, et ces cabanes ne seront bientôt que le souvenir d’un monde retiré, effacé. Elles conserveront quelque temps le souvenir des mondes qui les bâtirent mais à mesure que passeront les années, ces mondes deviendront de plus en plus opaques, de plus en plus incompréhensibles. La cabane, soustraite à la situation qui la fit naître, redeviendra une simple cabane dans les bois que l’on observera avec un sourire, pensant que quelques excentriques sont venus ici assouvir leurs folies artistiques. »

Tracer un chemin

Une cartographie

Bruxelles,

La joie,

L’ivresse,

La drogue,

Le temps qui passe, sape, abolit tout ;

Amours, amitiés.

L’éclatement de la bande adolescente,

Les illusions perdues.

La fête qui célébrait d’abord la vie, puis, qui consacra la mort.

Changer à mesure que change sa ville,

Bruxelles, tant aimée. Bruxelles tant honnie

Laisser à mesure que la capitale devient ville-monde le monde devenir en soi

Voir apparaître la vie nue, froide et éclatante

Tragique intégré.

Rechercher le tragique dans la dionysie,

Le vouloir

Le Poursuivre

Le désirer avec rage

Squatter l’existence par effraction.

Fuir et trouver le chemin le plus sûr pour rencontrer encore

La tragédie.

Les émeutes.

Les squats

La Z.A.D.

Grimper tout en haut des arbres pour atteindre les cimes de l’illégal

Vivre l’histoire comme on boit un alcool.

Se noyer dans l’illusion que tout est possible

Que tout est souhaitable

Sinon la pauvreté des études, du travail,

De l’absence

À soi,

Aux choses,

Aux êtres,

Aux situations.

Brandir vers le ciel deux poings de suspensions

Pour réclamer la guerre,

la guerre totale et poétique.

ici et maintenant

réaliser la poésie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Même si la guerre arrive toujours trop tard.

Même si les vieilles idoles révolutionnaires finissent en séries

sur des icônes produites en série.

Même si tout se tait.

Réclamer la guerre, totale et poétique contre l’existant

Ici et maintenant.

Faire un bout de chemin ensemble

Retrouver la passion de nous retrouver.

Réaliser la poésie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Suivre un tel chemin

Continuer de tracer à travers bois des sentiers vers autre chose.

Dépasser la philosophie

Réaliser la poésie

voir « très franchement une mosquée à la place d’une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d’un lac, les monstres, les mystères » etc.

s’habituer « à l’hallucination. »

Vivre la poésie donc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vivre la poésie cela peut tout aussi bien vouloir dire

Écrire des vers

Placarder des pamphlets en ville

Les voir s’effacer

Les placarder encore

Vivre la poésie

Cela peut tout aussi bien vouloir dire

Commettre anonymement des chroniques à la radio

Des chroniques sans époque

Et les voir s’en aller comme des bouteilles

Jetées à la mer des ondes

Les voir disparaître et pénétrer les cerveaux

Jeter une bouteille encore

Vivre la poésie

Cela peut tout aussi bien vouloir dire

Organiser des soirées qui ne soient pas

QUE FESTIVES

Organiser des fêtes comme on organise

DES MANIFESTATIONS SAUVAGES

Vivre la poésie

Cela peut tout aussi bien vouloir dire

Commettre des expéditions punitives contre ses ennemis

Contre la tiédeur

Réchauffer l’existence

À haine et à plaisir

Par l’exercice criminel d’une subjectivité

TERRORISTE

Vivre la poésie

Cela peut tout aussi bien vouloir dire

Commettre des émeutes avec au visage

L’anonymat de Lautréamont

Vivre la poésie

Serait alors MULTIPLIER LES SUPPORTS

POUR QU’ILS NE SOIENT JUSTEMENT

PLUS DES SUPPORTS

Vivre la poésie

Cela peut tout aussi bien vouloir dire

Publier les mêmes textes dans différents journaux

Voler la propriété intellectuelle d’autrui

Car la propriété c’est le vol

Vivre la poésie cela peut tout aussi bien vouloir dire

Saboter les chantiers dont les machines

Massacrent le chant des oiseaux

Vivre la poésie cela peut tout aussi bien vouloir dire

Se battre dans la rue, sans raison

À passion pleine

Avec un inconnu

Jeter l’ANATHÈME SUR L’ABSENCE

ET FAIRE FRONT POUR LA LIBÉRATION DE LA VIE

FAIRE FRONT

LARMES AUX POINGS

ARMES AUX POINTS

Jeter les mots comme on jette un pavé

Tuer

Tuer

tuer encore

MAIS AVEC STYLE

Vivre la poésie

Cela peut tout aussi bien vouloir dire

Mettre en scène un suicide raté

S’enfuir

S’enfuir

S’enfuir encore

Et revenir chuchoter à l’oreille des émeutiers

Des projets de coup d’état

Vivre la poésie

Cela peut tout aussi bien vouloir dire

SE VAUTRER DANS LE PARADOXE

LE NIHILISME REVENDICATIF

N’avoir pour seule tyrannie

Que le despotisme de l’indéterminé

Le plaisir de la contamination

Retrouver les sentiers de la conspiration

Revendiquer

Le meurtre de la littérature comme séparée de la vie

de la politique

de la philosophie

Revendiquer l’indistinction du réel et du virtuel.

 

 

 

 

L’avènement de la poésie abolira la nécessité du poète.

Cette catégorie surannée et prétentieuse alors s’effacera.

La poésie elle-même, sera diluée dans l’existant.

Comme une œuvre fait monde.

Comme une fête se transforme en manifestation sauvage.

Comme on arrive au dérèglement de toute essence.

 

Vivre la poésie.

Laisser un commentaire

S’abonner à la newsletter