Bien entendu, nul retour à la normale – juste les mesures à nouveau durcies. Brutale réalité qu’un chaud été vient rendre trouble. De quoi septembre sera-t-il fait ? Un ami me parle de la dictature. Il dit qu’elle avance toujours masquée.

Le confinement est officiellement fini, certes, mais nos corps eux restent confinés. Nos gestes sont comme mutilés. Et tel des spectres nous errons par delà nous mêmes. Nous ne sommes presque plus humains mais nous peinons encore à devenir autre chose.
Y a t-il une issue ? Une issue de secours rouge ?

Bruxelles dévie et quelques gens s’enterrent dans la bière ou les babioles. Parce que ça, au moins, on a le droit de le faire. C’est le seul droit qu’il nous reste d’ailleurs.

Et on obéit.
On obéit parce qu’on ne sait pas quoi faire.

Mais où sont donc parti les oiseaux ? Je n’entends plus leurs voix. Ils ont mit des masques. Car le chant c’était une autre époque. Et dans ce monde la danse est abolie.

Doucement se répand la société algorithmique.
Bulle sociale.
Distanciation.
Geste barrière.
L’arrière monde est devenu le monde. L’affreux rire de Socrate a envahi les ondes. Rire grisé de la société de contrôle.

La matraque traque les déplacements inessentiels.
Qui peut douter encore que la police soit devenue le régime ?
Je dérive dans Saint-Gilles. Saint-Gilles aux gyrophares bleus. Tout est suspendu, sinon les terrasses de cafés. Méthodiquement le pouvoir tente d’y annuler la vie.
Mais Saint-Gilles est jaune et les murs en témoignent.
Ils crient  » insurrection » aidés par ces balcons qui oscillent entre Adil et la Santé en Lutte.
Mais Saint-Gilles est jaune et les corps en témoignent.
Ils murmurent  » tous le monde détestent la police » aidés par ces agents qui oscillent entre Adil et la matraque qui chute.

Croissent les mondes dans la nuit sanitaire. Ils s’écoulent silencieux comme l’eau cherche toujours à rejoindre le ruisseau. Et comme le ruisseau se jette, parfois, dans un fleuve tempétueux. Mais de tempêtes la jeunesse semble privée. Nous voilà abattus, courbés. Devenu sans culture puisque désormais nos gestes propagent l’ennemi virale.
Mais qui proclamera la fin des mauvais jours ?
Qui donc éclatera la bulle ?
De quel coté de notre corps social reviendra le désir d’orgie ?
Quand retrouverons nous enfin les gestes barricades ?
Demain, peut être.

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