Par les vitres défilent un monde assoupi dans la distanciation sociale.
Ce train roule vers la tragédie. Etrange voyage.

Je quitte la vie pour rejoindre la mort. Ames mutilés et corps esseulés.
La mort organisée.
Depuis le temps que les dominants cherchaient le dispositif parfait. Celui qui ferait enfin du monde une autoroute.
Un lieu de transit où rien ne s’arrête.
Le dispositif sanitaire à enfin réalisé le vieux rêve des hygiénistes.
Ils ont aseptisé le monde. Asséché la vie.
Le dieu économie réclame notre confinement.
Et nos liberté doivent être sacrifier sur l’autel de sa conservation.
Le dispositif sanitaire à ceci de parfait qu’il finit de nous déposséder de toutes possibilités de contestation.
On ne peut désormais que s’en remettre aux experts.
L’époque technicienne arrive à son apogée. Sa chute est proche.
Voilà pourquoi elle mue.
LE SPECTACLE NE SUFFISAIT PLUS A MAINTENIR NOS CORPS AVACHIS
Il faut désormais écrire le script de nos vies, par la matraque, la peur et le sang.
Boucle narrative.
Maison surpermarché maison
Eternelle boucle narrative.
Maison supermarché maison.
Dernière clôture de cet immense camps de consommation qu’ils nomment l’existence.
Ils avaient déjà au préalable diffusé leur ordre policier partout.
Petits chefs de rayons. Vigiles rougeots. Commissaires incultes. Bourgmestres grotesques.
régnent désormais en empereur sur des parcelles de mondes en ruines.
Tout était déjà prêt.
Il suffisait de rendre la règle plus dure.
Plus dure
et plus floue.
Le ressentiment se déverse, il se venge.
Et avec ses eaux boueuses coulent, calmement, une nouvelle forme de fascisme.
Non plus centralisée, mais diffuse.
Un fascisme sans ducce ni gestapo.
Un fascisme sans têtes, aux milles légions invisibles
et aux uniformes tissés avec les étoffes de l’auto contrainte, les coutures de la délation.

En sortant du train à la gare du Luxembourg j’entend une voix mecanique m’intimer d’avoir peur.
Une ville agréablement dépeuplée où se mêlent, étrange cohorte
ce qu’il reste de fous et d’errants
d’inconscients et de nihilistes.
Et voici que devant mon chemin que je trace droit et fier, comme tous ceux qui viennent d’où je viens
qui sont comme moi,
né au coeur d’un contre-monde ,
voici que de mon chemin s’écartent des citoyens d’empire
tout masque dehors – gantés de plastiques.
Il me semble revenir d’une autre époque.
D’un autre espace et d’un autre temps.
Je ne sais pas vraiment, encore, si je viens du passé ou du future.
Mais ce qui est sur, c’est que je ne suis plus de maintenant.

Le présent s’est dissous en moi.

***

Je voudrais tant être déjà demain. Quand on apercevra au loin la fin des mauvais jours.
Et que la revanche, sur le point d’être consoné fera briller –
dans un ciel sans avion –
des étoiles encore inconnues.
En attendant, je regarde sur des cartes un peu vieillies
Les lieux où continuer de faire pays dans un pays.
Ma patrie est imaginaire.
Enfants perdus cherche maison où rencontrer ses parents.
Comme un feu réchauffe les corps en hiver; seuls mes amis font encore tourner ce monde plus ou moins ronds.
Ils sont nombreux.
Et je ne les aient même pas encore tous rencontré.
Bientôt nous serons légions.

***

L’occident survivait grâce à ses fêtes – somptueuses dépense d’énergie, de fric et de dignité.
L’occident fatigué s’abrutissait à l’alcool et à la musique afin que son corps épuisé se soumette un peu mieux aux aliénations de la semaine.
Mais désormais l’occident va devoir se regarder droit dans les yeux.
Mais désormais l’occident va devoir constater sa tristesse et son vide.
Mais désormais l’occident va devoir constater les larmes dans les yeux inconnus.

Je pleures, moi aussi.
De rire, de honte. De peur.
Je pleure et je sais, que bientôt je n’aurai plus le droit de pleurer.

Il faudra se battre.
C’est tout.

 

R.

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