À défaut de morts, je note l’absence de vie.

Le temps passe, la vie continue.
Comment en serait-il autrement ?
La vie dans l’espace crée le temps par la mort.

Rien de plus.

Il y eut cet auteur, Zigmunt Bauman, mort depuis, auteur à ma naissance (1992) du concept de liquidité comme alternative à la vague postmodernité. Concept qu’il usa à travers mille déclinaisons (l’amour liquide, la vie liquide, le présent liquide). Livres assez rébarbatifs qui ne servirent finalement qu’à illustrer un concept simple (et pourquoi génial) résumable à : la société liquide individuelle a remplacé la société solide totalitaire. Pour plus de détails, je vous renvoie à sa fiche Wikipédia qui vous épargnera une cinquantaine d’euros de livres répétitifs.

Évidemment si nous mettions à jour ce concept nous pourrions désormais parler de liquidité totalitaire voire de vapeur totalitaire.

Mais là n’est pas mon sujet.

Je songe à l’état liquide ou plutôt l’état d’esprit liquide qui se situerait entre la rigidité d’hier et l’état gazeux qui est à craindre pour demain. Je songe à l’homogénéité interne du liquide et sa plasticité externe. À ce que l’eau s’adapte à son contenant, qu’importe sa forme, mais jamais ne se dénature. Je songe que l’eau en substance contient, c’est pourquoi ne boire que de l’eau déminéralisée vous tuerait.

COVID 1984

Édouard Limonov, poète dissident soviétique, décédé en mars dernier, avait écrit en 1993 Le Grand Hospice occidental où il y développait un autre concept fertile. En effet l’Occident y était pensé comme un hospice où ses habitants seraient perçus non comme des opposants à mâter (régime militaire, archéofasciste dirait Pasolini), mais comme des patients à soigner…

Ce livre passionnant s’ouvrait sur une critique en règle du 1984 d’Orwell :

« S’ils ont fait abstraction de la célébrité de 1984 et que l’on en revienne aux critères littéraires, on est frappé par son caractère infantile et mélodramatique propre à la littérature populaire. 1984 est le futur tel qu’il apparaît dans l’imagination populaire, nourrie des pauvres mythes de la presse. Laquelle est toujours en retard d’un demi-siècle sur la réalité des choses. »

Il est vrai que 1984 paraît avoir été écrit pour une télé grésillante des années cinquante.

En comparaison, le Meilleur des mondes d’Huxley, écrit pourtant dix-huit ans auparavant, paraît infiniment plus frais, subtil et prophétique. Ceci vient probablement du fait qu’Huxley, contrairement à Orwell, avait totalement anticipé la société de loisir, la révolution sexuelle ainsi que l’avénénement de la quête frénétique de plaisir. Dans le Meilleur des mondes la sexualité est une activité de loisir anodine que l’on pratique librement avec un ou plusieurs partenaires, l’amour monogame y est décrit comme obsolète, voire absurde. Pensons à cette scène où Bernard Marx sorte de pendant médiocre du Winston de 1984 demande à la sublime Lenina :

– Vous n’avez pas le désir d’être libre Lenina?
– Je ne sais pas ce que vous voulez dire. Je le suis libre. Libre de me payer du bon temps, le
meilleur qui soit.

Rappelons nous aussi qu’en 1931, date de sortie du livre, L’Europe et les USA étaient encore plongés dans la grande dépression issue du crash de 1929.

A contrario, on est frappé par la sexophobie absurde de 1984. Il nous est indiqué que la sexualité hors mariage est passible de cinq ans de camps et un personnage ira même jusqu’à qualifier l’acte sexuel entre le héros Winston et son amante Julia de « coup porté au Parti ».

Non que je considère 1984 comme raté, son imprégnation dans la culture de masse suffit à attester de sa force. Mais de la même manière que si j’admets la puissance de Matrix, force est de constater que la sortie de la matrice est devenue un cliché bien peu pertinent.

Je vis dans le meilleur des mondes ratés, le grand hospice occidental d’après 1984.

J’habite dans un département de 387 000 habitants où la pandémie a fait depuis le 6 mars (30 semaines) 37 morts. Pour autant, je dois rentrer chez moi avant 21 heures sous peine d’amende et l’on m’annonce que je serai prochainement reconfiné, pour mon bien.

Haine sur les réseaux sociaux

J’entends ce mantra à longueur de journaux, distillé par des médias à la solde d’un pouvoir qui effectivement semble haïr le fait que nous puissions tisser de véritables liens sociaux.

Ils y étaient tous ce dimanche.

Place de la République.
Pour le symbole.
La lutte contre la haine.

Cette haine qui aurait mené à la décapitation de Samuel Patty par un tchétchène de dix-huit ans.

L’Islam à travers un russe s’en serait pris à la République, la Barbarie à la Civilisation.

République
ou la victoire des lumières sur l’obscurantisme religieux.

République
comme l’avènement de la démocratie par la décapitation de Louis XVI.

République
comme Civilisation ou Barbarie ?

Je laisse ces considérations symboliques au gaz médiatique.

J’ai trop à faire.
Trop à vivre.

Z.

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