N’ayant pour habitude d’écrire avec les loups, nous nous gardions de réagir à « l’actualité » qui en passant nous donnait quelques nouvelles de l’enténébrement du vieux monde. Il est pourtant des cas auxquels nous ne pouvons réserver nos silences. La mélanine qui recouvre nos épidermes nous laissant difficilement le choix de l’indifférence. Il se passe que le réel s’est interrompu, il se passe que nos rythmes ont ralenti et que pour une fois nous nous sommes autorisés à croire que les braseros du capital s’étaient arrêtés de cracher la mort. Nous avons fait circuler des appels à agir contre la réintoxification du monde, nous nous sommes même unis au nombre de ceux qui voulurent saisir l’opportunité d’un après optimiste. Cela malgré les inégalités et les privilèges qu’une rupture dans nos vies quotidiennes révélait au grand jour. Rien de cela ne devait nous empêcher de penser ce fameux monde d’après. L’opportunité demeurait trop criante, l’effondrement des cours de la bourse et du pétrole nous démontrant quelles seraient alors nos priorités si effondrement il y devait y avoir, nous savons désormais les tares dont nous devrons alléger notre société au moment de tout reprendre à zéro. Seulement, à travers l’état du chaos actuel, il ne s’agit plus juste de tares, parlons dorénavant d’un changement de paradigme : tout ce qui compose le vieux monde doit brûler avec lui ou bientôt c’est de nos espérances dont il faudra disperser les cendres.

Et ne vous en déplaise : la pensée raciste structure l’état du dogmatisme barbare méprisant tout sinon sa haine de lui-même.

Vous nous demanderez pourquoi. Nous vous répondrons assez crûment que rien de ce qui est délétère dans nos sociétés ultra-consommantes ne s’est accumulé sans l’exploitation mortifère et l’esclavage — entendons-nous bien sûr ce mot — d’une partie de l’humanité et de ses terres. Le racisme est l’état d’un système de valeurs qui ensemble justifient le paradigme actuel, lequel ne repose que sur des inégalités découlant de l’exploitation mortifère du monde qui se consume par le monde qui le consomme. Le racisme systémique étant l’une des conséquences réactualisées dans le présent postcolonial de ce système. N’allons pas plus loin si on ne peut s’entendre à ce propos. Il y a bien entendu quelques nuances à ajouter, mais nous savons comment et par qui les États-Unis d’Amérique ont été construits. Une histoire n’est pas l’autre, certes. Mais nous savons ce que la France doit à son passé colonial, et ce que Bruxelles doit aux mains coupées par la Belgique de Léopold. Oui, nous savons les mines de cobalt dont sont les batteries des voitures électriques, nous n’avons pas besoin d’énoncer les croisades qui nous permettent de brûler tant de pétrole. 

 

N’allons nulle part sans être conscient qu’un développement délétère ici se fonde sur l’état d’un sous-développement organisé ailleurs, et que le racisme est avant tout le système de valeurs qui autorise et découle de cette exploitation

VOILÀ POURQUOI NOUS DEVRONS DESTITUER LA PENSÉE RACISTE POUR AFFAMER LE SYSTÈME.

Et c’est maintenant que ça se passe. À ceux et celles qui s’octroient un droit de réserve et de recul critique, à ceux et celles qui se refusent aux injonctions de la morale culpabilisante : « si tu es neutre en situation d’injustice, alors tu as choisi le côté de l’oppresseur » nous disons : n’allons pas manifester pour être du côté des gentilles minorités opprimées, allons manifester parce que l’heure est venue de faire nombre et de composer le monde d’après. Et dans ce monde d’après, nous ne voulons plus mourir tués par des flics racistes. 

 

Par quelques lames bronzées et tranchantes

Nous avons invité le feu à venir danser dans nos lits trop confortables
Ça sent le cramé sur tous les trottoirs
Comme si quelque chose venait de s’estomper, un silence pesant
Puis un coup de feu a retenti sur la terre entière
George Floyd… est-ce toi, christ ? Un autre de tes alias pour réveiller les fantômes que nous sommes devenus
Hero ou martyr c est p e la même
Est-ce que les graines seront plantées ? Ou est-ce une supercherie, je ne sais pas si je pourrais l’encaisser si oui
l’ensemble de toutes les couleurs réunies font un noir pur.
Tous les éléments qui créent le vivant si divers
J’ai bien compris que c’est la vie qu’on rejette en refusant de voir la beauté que cette couleur donne à voir
C’est parce qu’on préférerait qu’il n’y ait rien
Fuite de cette densité et recréer l’illusion en nous même d’un vide qui ne saurait rien contenir d’autre que son vide
Hors un vide qui ne sait rien ajouter à son vide n’est-il pas plein ?
Toi grand savant des séparatismes, dit moi quelle différence y a-t-il entre le plein et le vide
Avec cette connaissance je pourrais alors mesurer ma juste valeur dans ce monde, moi qui suis bâtard, mi-chien de rue mi chien de race, mi-vide mi-plein
Midi, minuit
Mais vu que tu ne sauras me donner de réponse je devrais la trouver toujours couchée face lune
Sur le sol comme un soldat armé de sa béquille et de son équerre
en plus d’un dictionnaire écrit dans les lettres de mon esclavage
Pas grave je la manie bien mon esclavage, j’ai su grimper les escaliers et aussi je m’en suis fait mon propre vêtement
Un Eskimo
Et pourtant il y a toujours ce truc qui manque
Un marrais vide si profond qu’il faudrait une rallonge longue comme l’éternité pour opérer dedans
Et je le sens ce vide à chaque fois qu’il s’ouvre mon cœur car il n à jamais été formé à vrais dire
Et ça, ce n’est pas émotionnel, c’est statistique, c’est culturel
Vous me ferez pas croire le contraire parce que suis pas le seul avec cette plaie
La machine à coudre, ou qu’elle est ? Hein ?
Black is beautiful but tragic
Marre d’entendre ce refrain
Allez
Faut bouger un noeud de la et placer des nouvelles cordes
Faut que ça tienne le sol sur lequel on marche et qu’on rêve
Car vas y avoir du rêve pour recréer ce Monde

J’ai même plus les bons mots mais bouaf
Pas besoin de mots quand on parle en sons purs, en gestes et cette nuit les morts vont danser pour célébrer la chute dans le réel d’un temps non métrique
Ce n’est pas nous contre eux,
C’est tous contre cette chose née dans le trou du cul de l’univers
Une seule peur viscérale qui nous tient à la sangle et de son sang recouvre tout mais pas plus grand qu’un moucheront quand on la fixe fermement
Ce n’est que ça qui nous tourmente ?
J’ai vu une porte dans les ténèbres et j y tiendrais jusque au jour où cette porte devient l’autour
J’ai vu une porte dans les ténèbres
Elle ne ressemblait à rien de ce j’avais pu connaître de mes 26 et quelques poussières à peine
Mais y a encore de la matière à remonter c’est sûre
Faut poncer la pierre
Pas le temps de poser les palmes
Et manger nos os

 

Louc Sadu

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