« Oh ! quand vous entendez l’avalanche de neige tomber du haut de la froide montagne ; la lionne se plaindre, au désert aride, de la disparition de ses petits ; la tempête accomplir sa destinée ; le condamné mugir, dans la prison, la veille de la guillotine ; et le poulpe féroce, raconter, aux vagues de la mer, ses victoires sur les nageurs et les naufragés, dites-le, ces voix majestueuses ne sont-elles pas plus belles que le ricanement de l’homme ! » Lautréamont.
Les sarcasmes de Rimbaud ont recouverts le monde. Il est vrai que le trafiquant d’Harrar était une avant-garde à lui seul. Ses sarcasmes sont devenu lieu-commun, c’est-à-dire lieu de la séparation. Nous affichons désormais tous l’affreux rire de l’idiot. Tel est le sarcasme. L’imbécilité qui se fait passer pour savante, pour détentrice d’une vérité caché. Mais si l’on creuse, ce rire sarcastique là n’est qu’une peinture qui trompe l’œil pour cacher sa ruine sans cesse ravalée. C’est le spectacle défensif même du spectateur qui se sait au fond de lui gouffre sans fond.
De partout le sarcasme a remplacé le rire. La télévision, youtube, par leurs processus de création qui s’obligent à hypnotiser le spectateur, à le maintenir extatique devant la marchandise culturelle proposée, usent et abusent des moyens de ce maintien. L’emploi répété de formules lapidaires et sarcastiques permettent ce maintien par le titillement de nos forces nerveuses qui manquaient de s’endormirent ; et sont maintenant aux aguets grâce à telle méchanceté ou tel « clash ». Le sarcasme c’est le fouet du valet qui se veut maitre. Quand l’on regarde les vieilles émissions du temps de nos grands-parents, nous sommes frappés par le calme qui y règne. Ces télévisions, toutes politiques et pleines de censure qu’elles furent, se donnaient encore la peine de parler. Venus de la culture adolescente des radios libres, des émissions entières en têtes de vue, n’offre à entendre qu’éclats de ricanement, que clash et dispute entouré du gros rire bien gras de l’idiot télégénique.
C’est que le sarcasme lui-même tend à devenir du bruit. Le bruit, comme le sarcasme, à envahit nos vie pour nous interdire de réfléchir. Le rire quant à lui, toujours, est compagnon du silence. Voici face à vous un adversaire en discussion. Il s’emploi par la rouerie du bon mot claquant et fouettant de vous défaire. Et vous actez votre défaite en ricanant pour ne pas avoir l’air vexé. Vous avez finalement obéi à son injonction. Car le sarcasme est la dernière arme de l’affect de commandement. Le sarcasme vous dit de vous taire. Il vous dit que tout se vaut. Voici face à vous l’adversaire en discussion bientôt convaincu par son effet qu’une certains supériorité lui échoit.
Le sarcasme est un grand égalisateur, et dans ce monde où tout est sans cesse vers le bas tiré, ce grand égalisateur est une arme de la médiocrité. L’argument n’a pas les armes pour combattre le sarcasme. Il ne peut que se taire, car déjà il n’est plus écouté, déjà il est réduit au niveau du sarcasme lui-même, c’est-à-dire de chose risible et facile, apparemment sans grande conséquence. De partout le sarcasme règne : sur les plateaux de télé, dans les journaux papiers, dans les assemblées générales et les discussions de bistrots. C’est l’affreux rire de l’idiot qui veut le rester, et ne peut admettre – traits excessivement contemporain- qu’il est ignorant en telle ou telle chose. Le sarcasme est un des lieux communs de la séparation, celui qui empêche et interdit aux discussions de se creuser jusqu’aux feux des enfers les plus l’intimes ; c’est-à-dire les plus poétiques. Rire nécessite une certaine écoute, et l’exercice d’une égalité ressenties ; rire nécessite de se comprendre, d’avoir en commun une culture qui offre aux mots et aux choses une signification presque semblable, et puisque presque semblable, susceptible d’être pervertie, dévoyée, déformée, redessinée par le biais de l’humour. Voilà pourquoi le rire disparaît à mesure que s’impose la séparation généralisée. Voilà pourquoi sarcasme et ricanement ; ces deux formes non technicienne du Bruit-Roi – tendent à le remplacer à mesure que s’impose la séparation généralisée.
Sarcasmes et ricanements sont des flics de la séparation.

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