Je sais des fleuves qui déchirent des ciels.

Je sais des ruisseaux qui s’égrainent pareil

Au printemps des trottoirs.

Je sais que dans le noir

S’enchaînent et se font voir

Des délires sans lyres.

J’ai vu, o oui, j’ai vu des étés sans martinets

Ils se sont tous posés

Petits être accablés ne savent plus s’envoler.

C’est bien la peine de crier des lunes et des astres

C’est bien la peine d’inviter à sa table la vie

Mais voilà qu’elle se meurt d’ennui.

 

O frêles et assassines – se déploient se dessinent –

Des envies d’inviter encore une fois ou deux

De sombres amoureux qui s’ébattent et s’abîment.

 

Je veux voir des forêts s’ébattre dans les reflets des flaques de boues.

Je voudrais voir debout des arbres et des fleurs.

Des chênes s’épanouir comme une nation se meurt.

Je veux voir la peur au visage du béton chanter une chanson au chardon voyageur.

J’ai vu ces vagabonds s’imposer des leçons comme l’air s’évapore.

Je veux voir des ports, des rivages, où se noie un millier de poissons.

Oh que reste-t-il ! Oh oui que reste-t-il ! Des légendes futiles que contaient les Grands Lacs ?

Y’a-t-il précisément, ne serait-ce qu’un instant encore des légendes ?

Où se vivent et se meurent sur un parquet de fleurs des héros fatigués ;

Je sais des voluptés en dehors de ce temps.

Je sais des époques ou la magie habitait chaque sentier.

Je sais des livres, des clartés, quelques enluminures qui demeurent parjures pour l’éternité.

Je connais des poètes qui ont plus tué que tous les assassins !

Ce sont des oiseaux, des rapaces.

Ils volent seuls dans le ciel.

Et ne daignent de descendre que pour une proie prendre.

Je sais des bonheurs aigres dont les sourires traîtres ont les dents la mort.

Je sais des assassins qui passent enfantins dans le cœur de prophètes.

Et se voient comme s’écœurent toutes les jungles en fleurs dans le bal des chemins.

Je sais des soirs qui se font voir comme de petits matins.

Je sais des alcools qui coulent comme un fleuve s’écoule dans le cœur des veuves.

Je sais des preuves qui n’en finissent pas de renier leur crime.

Je sais des cimes des peuples, des bateaux indociles.

Mais rien absolument rien ne reste des chemins où s’imprimaient mes pas.

Ils furent effacés, par des pluies acharnées, à Roanne, je crois.

Je veux revoir les Landes et mourir de la main d’un conquérant lointain qui n’avait rien compris.

Mourir de sa bêtise et pour une méprise rejoindre les oiseaux.

Ils ne volent mêmes plus dans la nuit défendue — mais que battent mes ailes

contre le vent courant par-dessus les volcans

Je veux entendre mon père dans le chant des mésanges,

Voir passer ces anges qui en démon se changent à la moindre chanson.

 

Vivre ici, maintenant.

Vivre ici, maintenant.

Ne jamais voir demain.

Qu’hier soit un lointain.

Ne jamais voir demain.

 

R.D.