« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne. » Rousseau, De l’inégalité(…).

L'arbre à papillons pousse entre les ruines du vieux monde. 
C'est là désormais que les insectes ont le droit de butiner.


1. A mesure que le squat se fera de plus en plus nécessaire ; la nécessité pour l’état d’en empêcher la prolifération se fera de plus en plus sans mesure.
2. La Loi anti-squat fut un acte de contre insurrection préventive. D’abord destiné à donner une nouvelle arme aux promoteurs pour chasser les pauvres des Métropoles, elle se testa, comme toujours, sur les marges des sociétés : clochards, sans-papiers, toxicomanes, anarchistes. Les rebus, déclarés hors empire, ont comme toujours été les cobayes du laboratoire de répression qu’une bourgeoisie radicalisée réclame à grand-votes. Et obtient à grande invocation de la démocratie. On ne s’étonnera pas qu’une fois testée sur elles et eux le dispositif finisse d’atteindre le cœur de la société. On expulse désormais des occupations politiques à l’ULB en invoquant cette loi scélérate.
3. La loi anti squat fut une des pièce maitresse du glissement d’un état de droit vers une dictature autonome non souveraine où les désirs de la bourgeoisie sont devancés par l’intervention de la police.
4. Il faut donc prendre acte que l’état de droit a été dépassé par la logique de sa propre sauvegarde.
5. Nos mondes sont militairement et économiquement occupés par le capitalisme et son arrière garde, l’état. Ils se sont donné pour missions de les empêcher d’éclore. Et de partout désormais, ils jettent un œil mauvais et attentifs sur les ruines qu’ils laissent derrière eux dans leurs folies de destruction. Le dragon couve son trésor. Gare aux flammes si tu convoite un peu de sa fortune.
6. Nous souscrivons à l’idée que le squat est une œuvre d’art. Et que toute œuvre est un conflit. Elle puise dans la terre ce qu’il lui faut pour faire monde. Cela signifie qu’elle se situe dans un espace et un temps cohérent par son histoire et sa mise en place, un espace-temps nommé par qui l’habite. Nous ne comprendrons jamais rien du Sacré Cœur si nous n’avons pas en tête l’histoire de la commune de Paris. Nous ne comprendrons jamais rien du palais de justice de Bruxelles si nous n’avons pas en têtes l’écrasement de l’insurrection des Marolles. En cela, tous pouvoir, qui est essentiellement et originairement une poétique situe son langage dans le domaine de la désappropriation, de l’institution. Désappropriation des situations, dans l’espace et dans le temps, et institution de son champ lexical c’est à dire, du pouvoir de nommer les choses pour qu’elles s’aliènent à cette définition venue depuis l’adversité.
α. A nous aussi ; tant de nom nous ont déjà été donné. Et chaque fois, c’était un peu de notre puissance qui nous était ravie. Chaque fois, ce n’était pas un attribut ou une qualité que l’on nous reconnaissait – c’était un ordre, une assignation. Les noms eux même devinrent des programmes politiques. Les programmes politiques devinrent des manières d’agir. Alors, se confondant avec eux, nous avons finis par servir, en nos gestes mutilés, la gloire de ces prédicats imposés depuis l’extérieur de nous-mêmes.
β. Qui habite voit bientôt le temps se distordre, un calendrier se composer de lui-même, les heures perdre l’implacabilité méthodique et répétitive imposé par le spectacle et la production. La révolution est ce qui, dans la vie directement-vécue, détraque le temps et l’espace. C’est une décolonisation en puissance de la Civilisation Marchande dans les gestes et dans l’habitat.
7. Le capitalisme, et son bras armé, l’état ont reconstruit le monde à leur image. Ils ont fait de la nature un environnement. Civilisation est le nom présentable donné à cet acte de déconstruction-reconstruction.
8. Ce qu’on ne pardonne pas aux squats, aux ZADs, aux communes, c’est d’ouvrir une brèche dans cet exercice de destruction-reconstruction.
9. Nous aussi, nous nous devons de détruire et de construire. La pensé manichéenne a déjà par tant de fois démontré son impuissance, son hémiplégie. Le parti des oiseaux est une nuée de colibris à brise-vitres. Nous avons besoin de lieux de repli, de lieux de rencontre. Nous avons besoin de voir éclore entre-murs : des mondes. .
10. Et qu’entre-mondes s’accroisse notre puissance. Nous finirons bien par vivre le communisme des jardins et répandre l’anarchie des forets.
11. C’est que le squat est une volonté de puissance dès lors qu’il est une œuvre sociale et politique. La consubstantialité entre besoin vitaux, physiques et métaphysiques, et attaques directes contre le monde de la marchandise. La confusion de la destruction et de la construction.
12. Le squat, par ses pratiques révolutionnaires – magasin gratuit, dortoirs, repas et espaces collectifs – rend sensible l’accroissement de notre puissance. Accroissement qui prend forme dans le partage et la solidarité. Le squat est une forme supérieure de l’amitié dont les pratiques peuvent exister en dehors de lui-même.
13. Le centre social de Liège, sis Quartier Saint Léonard, est un de ces espaces en voie de décolonisation qui tisse des liens vers d’autres complicités et accroit par là même notre force de guerre. En cela, il nous faudra le défendre. Car il est un tremplin vers une forme supérieur de l’amitié (et en plus les gens sont sympa.)
14. Il est une nouvelle affirmation que : « Nous voulons nous-mêmes bâtir notre maison, notre villages, notre cité, pour les habiter de nos propres coutumes. Les construire, les penser, selon une autre architecture, selon un autre art de vivre. Rien n’est plus mutilant que cette manière de vivre à basse intensité imposé partout. Que ces maisons et ses centres commerciaux qui défilent identiques derrière les vitres du train. Ces horaires qui font se ressembler les semaines, les années, les vies. Comme il est doux et intense de vivre en amis, ensemble, selon nos coutumes et nos architectures. »
Squat Partout. ZAD générale.

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