Depuis quelques temps l’excellent journal d’écologie critique verse dans la poésie. Pour notre plus grand plaisir. ( On les soupçonne d’en avoir marre d’expliquer.) Ici, une étymologie élogieuse de la ZAD par Pissenlit Acclimaté. Photo prise à la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes, par Philippe Graton.

ZAD. Mot trivial. Barbare. Rentre-dedans.
ZAD. Mot-mystère. Bref. Court. Intriguant.
ZAD. Mot qui cache un monde à lui seul.

Un monde rempli de belles choses,
un monde qui chante, qui crie, qui vit, au gré du désastre.
Un monde bâti sur une époque-catastrophe.

ZAD. Un mot qu’il faut tout d’abord décortiquer,
pour mieux plonger dans son monde.

ZAD. Zone À Défendre.

ZONE. Zone-globale, Zone-Terre,
Zone-locale, Zone-territoire.

Zone-globale, étrange, petite et grande à la fois, fragile, belle, mystérieuse.
Zone locale, définie, identifiable, proche, connue, habitable, habitée.

Zone À Désertifier.
Zone prise d’assault par le désastre.
Zone de prolongement de l’époque-catastrophe.
Zone menacée, donc.

À DÉFENDRE. Zone À Défendre.
À défendre pour elle-même, d’abord. Pour ce qu’elle est, et pour celles et ceux qui la font. Pour les tritons, les salamandres, les hirondelles, les fourmis, les hêtres, les chênes, la boue.

Le bois qui craque.
Les arbres qui dansent.

Ils sont là. Sur cette Zone. Ils étaient là.
Mais le monde-catastrophe veut les rayer de l’histoire.
Le désastre n’a que faire de leurs revendications, à eux.

Ils ne peuvent créer et signer des pétitions.
Ils ne peuvent interpeller les agents du désastre.
Ils ne peuvent se rassembler, crier, se battre.
Ils n’ont pas ces « droits ».

Car le monde-désastre, le monde-catastrophe, n’accorde pas de « droits » à ceux qu’il ne considère pas.

Les « droits », ce monde les réserve à ses agents, aux humains.

Humains.
Êtres-supérieurs autoproclamés du monde-désastre.
Supériorité divine.
Absolutisme du désastre de droit divin.
Droit divin accordé par le Dieu Marchandise.

Droit formel de se défendre.
Nécessité morale de défendre les sans-droits, dont les non-humains.

Et la ZAD refusa l’absolutisme marchand.

La ZAD, Zone-Territoire décolonisée du suprémacisme de l’humain-marchandise.

La ZAD prend le parti du sol, de la terre, de l’eau, du feu, de l’air.
La ZAD prend le parti des tritons, des oiseaux.
La ZAD prend le parti des arbres qui dansent, du bois qui craque et des feuilles qui tombent.

La ZAD est le Parti des sans-droits.

La ZAD, au-delà d’une vulgaire « Zone » —mot technique du monde-désastre pour désigner ses espaces de conquêtes— est un Parti, dont le cri de ralliement est « Partout ».

« ZAD Partout », plus précisément.

Car la ZAD est un Parti qui veut s’immiscer Partout.
Totalitaire ? Non. Contre-totalitaire :

Le désastre marchand réduit la vie jusqu’à la mort.
La ZAD réduit l’avancée du désastre jusqu’à sa fin.

Car le monde-désastre n’a pas de limite. Il est partout lui aussi.
La catastrophe est totalitaire. Elle n’a pas de fin programmée.

Dans cette époque-catastrophe, la ZAD est une éclaircie dans l’obscurité.

La ZAD annonce une autre époque,
Elle contient une autre temporalité : celle de la vie.

La ZAD est l’époque des Sans-droits.

La ZAD est une revanche.
La revanche de ceux qu’on n’écoute pas.
La revanche des inconsidérés du monde-catastrophe.

La ZAD est la revanche de l’oiseau contre l’avion.
La ZAD est la revanche de la salamandre contre le bulldozer.

La ZAD est la revanche de la Terre contre la bétonnière.

La ZAD est à la fois un parti pris pour le monde vivant, son Parti, son époque, et sa revanche.

ZAD Partout.

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