« L’espérance de lendemain, ce sont mes fêtes. » Rutebeuf.
Le principe même de l’avant-garde est de créer les futures normes comportementales communes. Malgré l’orgueil qu’elles affichent toujours, elles ne sont au final que la première pierre de l’édifice normalisateur des pouvoirs à venir. C’est ainsi qu’ils ont tué Duchamp, en transformant l’anartiste en père du déclin de l’art. De la même manière, le rock, fils du blues, s’était tant vanté de sa subversion qu’il a suscité l’intérêt des publicitaires qui ont sitôt fait d’en transformer la culture en nouvelle arme consumériste en créant l’image du rockeur, comportement type de l’adolescent muni de ce nouveau pouvoir d’achat qu’est « l’argent de poche ». Avec l’image de cette identité jetable, les produits tout aussi jetables que sont la moto, le disque ou la veste en cuir auront servi à créer de nouveaux marchés et à saper sans difficulté tout possibilité de révolte issue d’un mouvement d’abord libertaire bientôt devenu cœur même du jeunisme libéral et de sa consommation de masse. Aujourd’hui, la plupart de ceux qui se revendiquèrent de Pink Floyd ou de Genesis travaillent dans la publicité, jouent en bourses, achètent des maisons pour les vieux jours et participent sans y voir la moindre contradiction a la Civilisation Marchande. En quelques années, les milieux du Rap et de la Free Party auront connu le même sort. Nous ne nous étendront ni sur le rap ni sur le hip-hop, ce mouvement perdu qu’il est désormais par sa diffusion transclasse et devenu l’hymne même du consumérisme le plus abjecte et le plus grotesque, du néolibéralisme le plus violent et le plus sexiste, de l’individualisme le plus vide et le plus idiot qui soit. Le rappeur et son confrère DJ, qui se disputent l’hégémonie de la « coolitude » sont le type même de l’être-publicité et de l’être-marchandise. Nous en voulons pour preuve ces hordes de jeunes gens des beaux quartiers, qui tous baffle dehors font défiler une festivité imbécile sous le rythme de plus en plus pauvre et de plus en plus technique d’élégie à la consommation et à la vente de drogue, de femmes et d’armes ; ce triptyque néolibéral par excellence psalmodié sous la forme de marchandise. Le moindre des paradoxe de ce « néo-rap » est pourtant d’être fondamentalement destituant. 
« Les valeurs aujourd’hui véhiculée par la production industrielle et massive du rap, français comme américain, sont en tout point semblable à celles du néolibéralisme : compétition, force, esthétique et marchandisation du corps, consommation ostentatoire, glorification de l’argent » Collectif la Rue Meurt.
Le mouvement rave Party a connu le même sort. Né du mouvement acid house de la fin des années 80, la teuf, ou free party, était jadis une manifestation spontanée de rue apparue principalement en Angleterre. Elle fut durement réprimée par le gouvernement anglais d’abord de Margaret Tatcher, icône du néolibéralisme le plus violent, et ensuite par son successeur John Major. Les soudnsystems et leurs artistes furent arrêtés, condamnés à 6 mois de prisons et 20 000 livres d’amendes .Ce fut le groupe Spiral tribe qui offrit, par son mode de vie nomade et ses influences anarchisantes son caractère le plus politique à la teuf en donnant au premier teknival un tournant clairement révolutionnaire. La presse s’empara de l’affaire. Le gouvernement répliqua en parlant de « conspiration en vue de créer un trouble à l’ordre public ». Ils firent alors voter au parlement une loi explicite contre ces manifestations festives et politiques. Heureusement, suite à un long procès de quatre mois, les spiral tribe finirent par être acquittés.
Le mouvement rave aura durant ce temps prit son essor un peu partout en Europe. Ce mode de contestation plut par son coté à la fois archaïque et futuriste, son inclinaison vers une liberté plus grandes et plus profonde que les libertés économiques prônée par les propagandistes des années fric que furent les 90’s. A l’instar du rap primitif, il fut une réponse à la violence de la société. L’art y trouvait une place importante à travers diverses manifestations picturales, vestimentaires et même à travers des formes de jongleries, on trouvait là une expérience concrète de la convergence des Arts. Les raves, enfin, furent ces lieux où l’on échappât à la société marchande. Pourtant, en quinze ans le mouvement rave finira par se réduire, jusqu’à arriver au point d’aujourd’hui, où les formes musicales qu’il fit naitre se trouvent indifféremment dans des boites huppées que dans les plus grandes salles de concert du monde. Le capitalisme à l’heure de la consommation de masse aura trouvé dans cette forme libertaire de révolte une formidable occasion d’élargir son marché tentaculaire.
Il y’avait pourtant dans les prémisses de cette musique tribale, une subversion fondamentale des valeurs dominantes dans une forme de détournement de la technique et de sa dictature constante du bruit, vers un retour au rythmes ancestraux des tribus dites primitives. La réappropriation d’un lieu, urbain ou non, comme ce fut le cas de la piscine Molitor, portait sans le savoir toutes les caractéristiques de la psychogéographie théorisée par les situationnistes. La rave party fut probablement le dernier mouvement d’avant-garde artistique créateur de situations poétiques, c’est-à-dire, de situations politiques, mystiques, et philosophiques médiatisée par l’Art.
Il faut pourtant aujourd’hui s’insurger contre tous ses enfants qui ont envahi tout le champs de l’espace musical et installé une véritable tyrannie festive de l’électronique, jusqu’à épouser de nos jours le hip hop pour en bannir les instruments. La culture rave party passée dans la culture de masse nous renseigne bien sur ce fait : le festif est le cœur même de la société marchande. C’est le lieu même de la production de ses serviteurs les plus avancée, de son avant-garde, l’industrie même de l’être-publicité-marchandise qui, à l’instar des œufs ou des raviolis ne se conserve qu’en boite.
Ce dernier de surcroît a soumis son comportement au photogénique. Il ne fait plus la fête. Il défile sur le grand podium des identités consuméristes, et du rôle social qu’il tient au sein de la hiérarchie du festif-marchand. Une armée de caméra et d’appareil photographique vient d’ailleurs lui rappeler sans cesse qu’il n’a pas réellement le droit de se laisser aller aux voluptés de la musique et de la communion. Il doit rendre des compte aux réseaux « sociaux » nouvelles idoles qui règnent en maitre sur l’Arrière monde.
La teuf dans son devenu-masse a dégénéré de zone d’autonomie temporaire à zone de soumission permanente. Les quelques reliquats qui préservent l’esprit underground originel se cachent désormais comme les oiseaux se cachent pour mourir. Prit entre les coups de butoir de la culture marchande et les coups de butoir des prises massives et répétées de drogue qui finissent d’annihiler leur désir. Ils ne font plus la fête pour retrouver une liberté temporaire, ils font la fête pour faire la fête. Leur liberté est devenue une prison.
Il devient impératif de rendre au festif son caractère poétique d’agrégat communautaire en opposant aux zones de soumissions permanentes des zones de festivité temporaire, qui, à l’inverse des teufs ou venait se cacher l’avant-garde, se donne à voir au cœur même de l’univers pacifié des centres urbains. Le mouvement free aujourd’hui scindé en deux dans sa faction spectaculaire-marchande et sa faction ultra marginal doit être dépassé. Il faut pour cela reconsidérer la notion même de fêtes en affirmant haut et fort qu’un fête cloitrée entre les murs d’une boite payante, d’où l’on ne peut sortir que définitivement – comme si ce recouvrement soudain de liberté de mouvement risquait de contaminer les autres – et son extension dans le propriétaire-privée n’est pas une fête, qu’elle est même le stricte inverse de la fête.
Recouvrer une poétique du festif, cela veut dire former une nouvelle communauté de fêtards, pour, au hasard des jours se retrouver ; sortir la possibilité des formes d’ivresse de leurs prisons de béton, et de leur prison horaire. Refuser le week-end ou les vacances comme temps unique de la festivité, et s’inviter sans préparation trop longue, au cœur des centres villes, sur les places dévolues au marché et aux touristes pour fêter sans autorisation au milieu d’inconnus. Par cette méthode sera subvertis le pouvoir-psycho-urbains qui offre nos rues aux seuls désirs de l’Argent-Roi travestit en Art.
Recouvrer le festif, c’est créer au cœur même de ces places dévolues pour quelques heures à l’ivresse et à la rencontre les possibilité d’une reprise en main de l’espace public et par le nombre contrer la pacification de l’espace urbain par un rapport de force qui nous rende à nouveau – pour quelques heures – maitres dans la cités
Recouvrer le festif, c’est faire de la fête une manifestation sauvage.
« J’allais pourtant à toutes les fêtes
Où la démocratie libérale coulait à flots de futs étiquetés.
Je m’assumais avec délice et comme sujet du Spectaculaire-marchand
Je m’amoindrissais dans le photogénique
Et dans l’esthétique stupide d’un capitalisme jouissif
Je me rependais entre honte et plaisir
Assumant le temps d’une défonce
Toutes ces contradictions qui me torturaient une fois sobre
Je me transformais
Même
Parfois
En l’archétype de mes haines quotidiennes
Je ressentais tous le plaisir, toute la déchéance
De me faire con parmi les cons
Médiocre au cœur d’une société qui érige
La médiocrité en vertu
Je me faisais simple consommateur jouissant
D’une illusion d’individualité
Je me plaisais à être autre
Et cet autre avait aboli les morales
Les éthiques pathétiques
Qui si souvent m’avaient interdites de vivre
Et tous ces gens dont j’espérais la mort en général
Devenaient pour une nuit mes plus fidèles amis
Je me sentais au Monde. »

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