Fétiche

 

Dans la hiérarchie des fétiches marchands, l’université tient une place particulière. Sortes de marchandise des marchandises, son acquisition, purement abstraite, purement métaphysique, marque le phénomène des identités, le «  rapport social entre des personne médiatisé par des images ». On achète son diplôme comme en d’autres temps on faisait acquisition d’un quartier de noblesse.

Nous ne souhaitons pas dénoncer la marchandisation de l’enseignement. L’enseignement est une marchandise. On peut tenter de conserver les dernières facettes du temps, où, parait-il, elle était moins nocive. Mais les changements à la marge ne nous intéresse que très peu.

On nous reprochera de mener une guerre contre l’enseignement lui-même.

Il y’a du vrai dans ce reproche.

Il faut dire que ce n’est pas nous qui avons commencé à lui mener la guerre. Déjà, petit, l’enseignement s’est mis à nous trier, nous obliger, nous discipliner.

Cela commence par un «  bois ta soupe »

et cela termine par un «  vous ne ferez rien de votre vie ».

On nous a dit « votre place est en professionnel ! »

On nous a bien dit «  vous verrez, il n’y a que des arabes la bas ! », étrange menace.

Ne fumes pas, ne bois pas, reste assis, prend une pause,

as-tu fais ton devoir ? – en retenue !

Oui, c’est cela, finalement, l’enseignement : l’apprentissage de la retenue, de l’absence à soi. Enfermé déjà, entre les murs d’un bâtiment qui ressemble furieusement à une caserne ou une prison. Nourrit par ceux qui nourrissent les clients des casernes et des prisons. Quand il est question d’enfermement, sodexho n’est jamais loin.

Et si vous manquez de retenue, l’école vous relâchera pour une liberté conditionnelle. Vous verrez alors combien la prison d’en dehors est hostile. Les flics, les assistantes sociales, les petits chefs, vous ferons presque regretter la douceur du pion ,du professeur et du directeur.

Vous tentez alors, de faire votre jury central après vous être fait exploiter dans un boulot insignifiant. Vous revoilà entre les mains d’un maitre.

Vous êtes classé

Obligé

Trié

Discipliné

En rétention administrative.

Des bureaucrates refont votre agenda.

Et si vous avez suivi le fil de leur jour. Si vous avez baissé la tête, emmagasiner ce qu’il faut de savoir pour faire un bon citoyen – alors le bâton laissera place à la carotte.

Vous voilà diplômé du CESS.

Vous avez accès au niveau supérieur. Vous voilà autorisé à postuler pour l’acquisition d’un quartier de noblesse.

Les plus imprudents iront à l’université. Le décalage se fera aussitôt ressentir avec le reste de la population universitaire, dressée quant à elle par les effets de la carotte. Habitué sommes toutes, à tout recevoir en échange d’une éthique, d’une morale de classe.  Eduqués pour gérer, ou administrer comme d’autres étaient éduqué pour régner.

En échange de ce renoncement à soi la société vous confiera et vous demandera des marchandises de plus en plus signifiantes.

L’erasmus sera le point d’orgues de cette signification par l’objet marchand. Stade ultime de la recomposition de votre être, l’erasmus vous signifie : vous êtes partout chez vous, maintenant que vous êtes des nôtres.