Contre l’université

 

I

Une fois que l’on a détruit la symbolique autour d’une chose, on finit toujours par détruire la chose en elle-même. C’est le spectacle autour des choses qui leur confère une illusion de valeur. Cela vaut pour l’amour, le mariage, les forêts, le travail. Si l’université survit à l’effondrement général du prestige des institutions, c’est qu’elle est l’héritière d’un délire mystique agonie de symbole, et qu’elle a su, malgré la modernité, en conserver la force de coagulation. Pour stopper la nuisance universitaire, il faut en saper la symbolique. Faire feu des faluches comme on fit feu des vanités.

II

« L’université était pour moi comme un sursis. On m’offrait finalement le loisir de me cultiver ; d » apprendre ; en faisant reculer un peu mes années de future esclave salarié. Le tout arrosé d’une maigre bourse, d’une allocation futile, qui finançait alors mes funestes mégalomanies gavées de cocaïnes. «

III

D’autant plus nuisible est l’université qu’elle est le stade ultime à l’éducation consumériste. Tout le système technicien de l’éducation n’est au final que ça ; différents stades rituels dans la mystique de la marchandise. Comme un membre d’une secte qui monte d’échelon en échelon et jouit davantage des possibilités offertes par sa communauté, l’étudiant-consommateur, est sollicité à mesure qu’il monte par des marchandises de plus en plus couteuses. Cela commence par le cahier ligné et plastifié, cela finit par l’Erasmus. On fait naitre alors des désirs sur lesquels l’étudiant consommateur ne sait plus revenir. L’université transforme en petit Bourgeois aussi surement que le salariat transforme en esclave. Le nombre accablant de papier et de formulaires destinés à humilier l’enfant de pauvre qui voudrait accéder à l’université est la meilleure preuve du devenir sectaire consanguin de la petite, toute petite, bourgeoisie. L’université ne produit pas des savoirs, elle produit des marchandises. C’est une usine huppée.

IV

À l’université il y a ce qu’on appelle les “baptêmes”. Réminiscence du scoutisme et débris de folie médiévale, le baptême marque bien la vocation rituelle de l’université. Pendant un mois les enfants de la bourgeoisie s’enivrent avec de la bière de pauvres ; bière qu’ils ne boivent pas en temps normal ; vêtu de haillon, toute sorte de mutilations picturales sur le visage ou la tête à demi rasée, ils font ce qu’ils imaginent être une décadence. L’infernal tapage commence alors dans les cris des voix cassées, les parades de gamins qui se laissent humilier, préférant s’intégrer au prix de l’abaissement plutôt que de dévoiler la vérité de leurs âmes où toutes formes d’identité a depuis longtemps disparu. Cet espace folklorique révèle tout l’inconscient de la petite, toute petite bourgeoisie et de leurs mômes ; racisme, sexisme, sadisme, masochisme. Ces jeunes gens ressemblent déjà à tous ces cadres supérieurs qui humilient la semaine, et le vendredi soir dans les bras d’une prostituée jouissent d’être humilié.

Leur décadence laisse derrière elle les traces de sa consommation. De salles en pelouse bières et plastique seront ramassé par Fatima, à qui ils ne diront pas merci, parce que c’est pour eux normal.

Ils ont la même à la maison.

V