Les Mauvais Jours finiront.

On peut voir les choses de deux façons : soit la politique est l’art de déléguer ses désirs à quelques-uns, soit la politique est l’art de vivre ensemble et d’établir entre chacun et tous, des proximités et des distances. Ceux pour qui la politiques est l’art de la délégation et qui prétendent vouloir abattre ce régime sont au mieux des imbéciles, au pire des lâches.

Nous croyons que ce qui est commun à tous les tyrans, ce n’est pas tant le pouvoir qu’ils détiennent, ni la forme que prend ce pouvoir ; mais plutôt cet étonnement chaque matin renouvelée de voir que tout cela tient. Que l’immense supercherie continue de battre tambour dans les esprits. Et chaque matin, ce même soulagement de voir que rien ne bouge. Que rien n’est venu altérer l’ordre du mensonge. Que personne encore ne s’est écrié assez fort pour réveiller les autres «  Mais ! Attendez, il y’a quelques choses d’étrange dans tout cela. »

« Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvernés, il y’aurait des révolutions tous les matins. » disait cet évêque qui n’était manchot que du pied et dont la longue fréquentation des princes avait affuté le cynisme et l’effarement.

On peut toujours déléguer sa souveraineté à un autre. Se faire prétendant signataire du contrat social et passer sa vie dans l’enfance. Passer sa vie sous tutelle. De la naissance à la mort. Vivre dans des lieux qui appartiennent à d’autres. Travailler pour faire gagner de l’argent à un autre. Déléguer sa souveraineté à un autre pour qu’il fasse fructifier d’autres intérêts.

De l’autre côté, on peut déclarer que nous voulons simplement être ensemble. Et que pour être ensemble, il y’a besoin, sinon de règles, au moins de coutume. La coutume n’est pas toujours cette chose fixe et aliénante qui rappelle l’emprise étouffante du vieux monde morale. La coutume, c’est aussi cette manière de rendre la vie plus douce. Comme on se dit bonne nuit en se faisant la bise. Comme on déjeune ensemble. Comme on prend sa pause clope avec un collègue aimable chaque après-midi. On établit des coutumes. Il se pourrait qu’une nouvelle forme de coutume, débarrassée des croyances et des superstitions, qu’une nouvelle forme de coutume disions-nous, souple et bienveillante, vienne remplacer l’implacable rigidité froide de la loi, par essence impersonnelle.

De l’autre côté, on peut déclarer que nous voulons nous-mêmes bâtir notre maison, notre villages, notre cité, pour les habiter de nos propres coutumes. Les construire, les penser, selon une autre architecture, selon un autre art de vivre. Rien n’est plus mutilant que cette manière de vivre à basse intensité imposé partout. Que ces maisons et ses centres commerciaux qui défilent identiques derrière les vitres du train. Ces horaires qui font se ressembler les semaines, les années, les vies.

Comme il serait doux de vivre en amis, ensemble, selon nos coutumes et nos architectures.

 

 

Mais rien ne nous empêche ! Sinon notre habitude de baisser la tête. Le chien n’est pas le meilleur ami de l’homme pour rien. Nous craignons tant d’être abandonnés du monde que nous n’osons pas abandonner ce monde qui nous a pourtant abandonné depuis longtemps. Mais rien n’empêche en vérité ! Sinon un régime faible, qui partout ne tient plus que par la férocité de sa police, et la gentillesse de ceux qui s’insurgent.

Partout il y’a des maisons vides, des villages vides, des cités vides, des existences creuses. Elles ne demandent qu’à être habités de nos nouvelles coutumes. Elles ne demandent qu’à abriter ceux qui vivent en amis. Revendiquer c’est attendre. Il n’y a de révolution que dans cette manière d’établir à la fois les mondes que nous voudrions voir advenir, et d’attaquer tout ce qui se dresse contre leurs érections.

Etablir les journaux qui nous informeront. Ecrire les livres que nous voudrions conter à nos enfants. Nous arranger comme nous voulons avec le travail. Animer le clan qui remplacera la famille. La forme d’amour qui abolira enfin le couple.

Bref, construire des communes. Combler le creux entre la vie et nous.

Marcher sur la tête des rois.

Vivre.

Vivre déjà, les mondes que voudrions voir advenir.

Ne plus se laisser nommer par d’autres.

Posséder le temps.

Bref, construire des communes.

Et pour ceux qui se demandent comment nous trouver :

Nous sommes là, chaque fois qu’un chef est destitué,

Nous sommes là chaque fois qu’éclate une émeute.

Nous sommes là chaque fois qu’un mur appel à la révolution.

Nous sommes là, chaque fois que s’ouvre un lieu

À l’intérieur duquel est aboli le monde de la marchandise.

Nous sommes partout où poussent les mauvaises herbes.

Nous sommes partout où poussent ensemble la joie et le partage.

Nous sommes la main qui aide un camarade à se relever

Et empêche la police de l’emporter.

 

Nous appelons à l’espoir,

Ce monde est déjà mort.

Il ne serait pas si méchant s’il ne se savait déjà en phase terminale.

Le régime ne tient plus que par sa police.

Nos mondes sont à portée de main.

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