Pour une écologie sensible

Contre l’écologie des experts.

 

 «  Frodon : Je voudrais que l’anneau ne soit jamais venu à moi. Que rien de tout ceci ne soit arrivé.

Gandalf : Comme tous ceux qui vivent des heures si sombres, mais ce n’est pas à eux de décider. Tous ce que nous pouvons décider c’est que faire du temps qui nous est imparti. »

 In Le seigneur des anneaux, la communauté de l’anneau.

 

Une autre fin du monde est possible.

On en finit pas de gloser sur le bouleversement climatique mondial.  De scepticismes en déclarations alarmantes, c’est pourtant toujours le même spectacle de la contestation qui se répète. Seuls les chiffres varient. Et, s’entêtant à constater le désastre on tendrait presque à le justifier. A l’imposer comme fait structurant, plutôt qu’en variable sur laquelle il est possible d’agir. Arte déborde de ces documentaires-constats. On met l’impuissance en scène. Seul, que peut-on faire après tout ? Les images en haute définition de l’écocide en cours passent et repassent. Elles émeuvent un peu, comme peut émouvoir la mort d’un personnage de fiction. Depuis que la réalité est construite comme reflet de la vie par les médias, d’état, du capital, d’internet, la fiction elle-même est devenue le cœur de la réalité. Tous ce qui nous apparait se vit avec distance. Cette distance au monde, savamment organisée permet pour et par tous de ne se sentir propriétaire de rien, puisque tout espace, distinctement mit en scène par les mages noirs de l’urbanisme, est à l’avance perçu comme cohérent et extérieure, construit de manière cohérente depuis l’extérieur de soi.

Par milles mystiques et poésies, l’esprit s’empare aisément d’une forêt ou d’une montagne. Leurs caractères de hasard et de nécessité, le mystère fondamental qui interroge à leurs naissances, tout cela participe à en faire des mondes ouverts, et puisque ouvert, susceptibles d’être pénétrés. Au contraire, la métropole en tant que monde clos enferme, et par la pseudo-rationalité de l’agencement du mobilier urbain  qui marque nos pas, empêche nos corps, mutile nos gestes ; elle fait du monde extérieur un simple lieu de transit.

La rue n’a jamais été à nous. Elle n’est que le vestiaire dans l’usine du grand chamboulement civilisationnel qui n’en finit par de reconstruire le monde à l’image de sa maladie. La civilisation peut finalement se résumer à cela : un acte permanent de destruction-reconstruction. La transformation, d’abord pénible, et désormais toute puissante de la nature en environnement.

La violence même de ce qu’est par essence la civilisation se constate déjà partout dans le monde. La civilisation, c’est la signature sous un contrat d’armement FN Herstal. La civilisation, c’est le bombardement de la Libye. Le cobalt extrait au Congo ou ailleurs dans un climat de terreur et de guerre. La civilisation, c’est la maxi-prison à Haren, le grand contournement ouest de Strasbourg, la destruction d’un Sablière à Arlon, la gentrification de la Marolle. La civilisation c’est les mains arrachés par des grenades de désencerclement à la ZAD de Notre-Dames-des-Landes, où jadis au Congo colonial. C’est l’assassinat de Rémi Fraisse à Sivens autant que l’assassinat du capitaine Sankara.

La civilisation, c’est le chantage permanent : « soit  vous aurez le règne de la marchandise et de son commerce soit vous aurez la guerre ; la paix n’appartient qu’à ceux qui se soumettent. »

Il en aura fallu du temps, des traques, des massacres, des déforestations, des expéditions, des canaux et des avions dans le ciel pour qu’enfin s’impose partout l’alliance entre les états et les industriels afin d’organiser le monde à leur propre corps social, de refaire sur la surface du globe lieux et espaces au service de l’incessante et meurtrière circulation de marchandises. Et comme la civilisation n’existe qu’en tant que forme englobante, coloniale, en tant que système qui doit toujours s’agrandir et se dépasser, après avoir pris possession des lieux, elle s’attaque, comme de tout naturellement, presque sans volonté, à coloniser corps et esprits, à commander aux gestes, à organiser la vie dans sa totalité comme temps de la marchandise.

Les semaines, les mois, les années, les vies, voient les êtres partager leurs journée entre temps de la production et temps de la consommation de marchandise. Le travail, et les loisirs. L’année administrative et les vacances. La semaine et le week end.

Nous autres, hommes et femmes modernes sommes des primitifs orgueilleux ; nous continuons de danser autour des fétiches, mais nous avons remplacé l’esprit des morts et des dieux par l’esprit de la rationalité et les flammes du brasier par l’écran bleu de la télévision ou de l’ordinateur.

Je crois que, ceux qui continuent à claironner la fin du monde, trouvent le plus souvent dans la constance de leur appel un nouveau divertissement pour une nouvelle production. Qui en fait un cour, un livre, un documentaire, une pièce de théâtre, un programme politique en vue des élections. Mais rarement ils offrent les armes nécessaires au dépassement du constat.

Nous autres, sommes nés dans ce constat de la fin possible du monde compatible avec l’humanité. Nous sommes les enfants de cette hyperinflation des mises en gardes. Elles s’étalent à présent jusque dans les dessins animés. Et comme toujours en système libéral, tout ce qui abonde perd en valeur et en prestige.

Ce texte est un appel à dépasser le constat. Un appel à s’armer en vue d’une guerre qui s’annonce comme inéluctable et qui a déjà commencé sans que nous n’y prenions part.

Ce texte est un appel à mettre un terme, enfin, au temps des bavardages.

 

Le chant de la discorde.

« C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l’azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs(…) »
Baudelaire.

 

J’aimerais vous raconter une histoire. C’était durant l’été 2018. Un été d’une chaleur record. A Notre-Dames des Landes, le sol était sec implacablement sec. La ZAD de Notre-Dames-des-Landes, c’est une zone de 2000 hectares prévue pour un projet d’aéroport, par loin de Nantes et qui s’est vue occupée dès 2008, à l’appel d’agriculteurs locaux, par des écologistes, des squatteurs, des autonomes, où de simples personnes venues y trouver un refuge. Une lutte âpre s’y est déroulée. Des combats épiques ont coutés des mains, des yeux, des cabanes, des tranquillités psychologiques, des vies. Mais tant est que l’aéroport ne s’est jamais fait. Le projet à finit par être abandonné. Aujourd’hui chiens et chevreuils, sangliers et étourneaux se baladent encore entre sous-bois et forets, chemins de boue et haies de chênes tauzins ou pédonculés.

J’avais vécu là, quelques mois plus tôt, dans ce qu’on appelait alors la zone est, ou zone non motorisée. C’était quelques hectares de terrain qu’une convention collective, une coutume sans constitution ni contrat, avait laissé au bon plaisir d’une recolonisation de la nature.  Par recolonisation, nous entendions que les interventions humaines dans ce milieu devaient être les plus minimes et faibles possibles. Tous moteur y était interdit. Moteur de voiture ou de moto, de tracteurs ou de moissonneuses, de taille-haies ou de tronçonneuses. Ainsi, ces champs laissés au bon plaisirs d’un retour de chardons immenses, de hêtres d’espérances, d’ajoncs agressifs, de fleurs inconnues, de papillons ironiques, avaient en quelques années finit de brouiller les cartes entre ce qui, hier encore, délimitait l’exploitation de l’environnement par l’humain et le peu d’espace laissé à l’auto-développement de la faune et de la flore.

Dans cette zone, nous vivions en nomade et en amis, passant de cabanes en cabanes, vivant sans électricité. Nos nuits étaient illuminée par  l’immense lune des Landes qui nous servait de lampe de poche. Nos journées étaient rythmées par le chant des oiseaux. Les merles annonçaient le jour et les chouettes proclamaient la nuit. Dans les épais talus et fourrés, des craquements de branches et des bruits inconnus nous rappelaient qu’en ce petit monde, nous n’étions qu’une infime partie de l’économie générale du vivant. Nos soirées se partageaient en conspirations, en jam et en longue ballades, en légères ivresses au cidre. Le feu habitait les soirées. Lentement, à pas de loup, passaient les combis aux toits bleus, dont les phares éclairaient à 180 degré la route et les chemins alentours. On se cachait alors derrière une barricade ou une haie pour regarder passer la gendarmerie de l’état français, véritable intrus au sein de cet univers où, sensiblement, directement, le monde de la marchandise autoritaire s’abolit de lui-même.

Il y avait par-delà la zone non motorisée et son mode de vie anarcho-primitivistes, une multitude de mondes qui peuplaient la ZAD en plus ou moins bonne entente. Chaque lieu-dit, chaque cabanes ou fermes se construisaient et se vivaient selon ses propres coutumes et ses propres architectures. Dans le respect du vivant se lisait déjà, combien il est plus simple de respecter un environnement lorsqu’on l’aménage ou le construit directement pour nous et les choses alentours, lorsqu’on a vraiment la sensation de l’habiter. Ce que les ZAD font, c’est qu’elles abolissent cette malédiction contemporaine qui veut « qu’au final aucune aventure ne se constitue directement pour nous. » Aujourd’hui je ne peux penser à NDDL sans me répéter à l’infini cette phrase de Debord : «  et quelques rencontres, seules, furent comme des signaux venu depuis une vie plus intense et qui n’a jamais été vraiment trouvée. »

Les Zones à Défendre sont des chants de discordes, des dissonances asymptotiques dans la grande partition monotone du monde de la marchandise autoritaire.

Au cœur de la zone est, il y avait un lac, sur ce lac l’insubmersible cabane sur l’eau, accessible en barque depuis le port, habitait les folies tendres et émeutières d’amoureux ou d’amis. Au-dessus de ce lac, un champ en friches. Le champ de la discorde.

Le bourdonnement des abeilles.

« Nous sommes du parti des cabanes
aux voix de terre Gleize.
Chiens parmi l’émeute
Égos conjurés
Égaux obstinés
Nous sommes du parti des étangs
qu’un vent
d’ouest rigole. »
In « Assigné à Existence. » R. Devresse.

 

Ce champ avait été sauvé d’années de maltraitance. Ses sols acides et appauvrit s’étaient vu enserrés, parquées,  emprisonnés de colza. Uniquement du colza de long en large. Des fleurs jaunes à perte de vue. Et les grands sillons des tracteurs et moissonneuses imprimaient leurs  lignes. Des lignes droites comme les allées des cimetières.  Quelques apaches vinrent prêter main forte à ce frère opprimé qui pleurait dans le lac ses larmes d’intrants et de pesticides. L’arrachant à la méchanceté de quelques agriculteurs qui, tout en se prétendant alternatifs gardaient en leurs réflexes des traces acquises de productivisme, ce champs revint à ses libertés. Les ajoncs furent les premières à revenir et, voilà qu’à leurs suite un tas de plantes et de fleurs vinrent habiter et hanter le cimetière, si bien qu’on oublia presque sa misère d’antan ; il était devenu un jardin pour les chevreuil, les chiens, les sangliers, les rongeurs, et quelques zadistes sauvages que médias et petits chefs désignaient déjà à la vindicte étatique comme « radicaux », « zad dans la zad », « irréductibles ».

De toutes les zones, la zone est fut la seule à être expulsée. Quelques complaisances d’autres zadistes néo ruraux, agriculteurs improvisés qui, par la lutte, s’étaient acquit une nouvelle forme de propriété privée sur le ZAD vinrent jouer les auxiliaires de police. Et l’état français de faire miroiter à ces derniers la possibilité d’une paix à travers la signature de conventions, et l’intégration à l’économie marchande. Durant le printemps 2018, Notre-Dames-des-Landes fut le théâtre d’une guerre civile féroce.  Le corps ou les esprits de tous ceux qui prirent part à cette guerre en garde des stigmates. Il y a les mains arrachées, les flash-ball, les terreurs nocturnes.

Durant tout le théâtre des opérations, la nuit avait été privée de sa lune, et peuplée à présent du rayon précis d’un hélicoptère, l’agile oiseau de fer venait pointer qui pissait, dormait, veillait, ou gardait simplement une barricade l’oreille rivée aux talkies walkies. Une guerre psychologique était en cours. La main gauche de l’état tendait un contrat, la main droite tendait une matraque, ou une lampe torche, pour empêcher l’ennemi de dormir. Et pour ceux qui ne dormaient plus depuis longtemps, la prison vint leur imposer le sommeil.

La civilisation, c’est le chantage permanent : « soit  vous aurez le règne de la marchandise et de son commerce soit vous aurez la guerre ; la paix n’appartient qu’à ceux qui se soumettent. »

C’était durant l’été 2018. Un été d’une chaleur record. A Notre-Dames des Landes, le sol était sec implacablement sec. J’arrivais au petit matin à la ferme de la Grée où se retranchent ce qu’il reste de la zone est. Je bois une bière, ou deux ( ou trois ) et un peu ivre, nous allons une amie et moi par les chemins. Les anciens petits sentiers étaient élargis de larges traces de pneus. Les cabanes avaient disparues et seule l’apparition massive de petites fleurs mauves cachaient un peu le désastre, et l’assassinat d’un monde commit quelques mois plus tôt. Nous nous avançons vers le champ de la discorde. Là, dans l’effervescence d’une nature en plein droit,  en pleine souveraineté, sur les fleurs, les fruitiers, le bourdonnement terrible, chaleureux, vivant, d’abeilles pas centaines. Je n’avais plus vu autant d’abeilles depuis des années. Ce bourdonnement sonnait comme un chant de guerre : nous sommes toujours là. Le vivant n’a pas besoin des hommes pour renaitre. L’écologie n’est pas une question de plan.

L’écologie véritable se fait sans transition.

La zone est avait remplie sa mission historique.

ZAD PARTOUT.

Les expulsions de la ZAD en 2018 furent comme une répétition générale. L’irruption des gilets jaunes allait bientôt imposer le slogan ZAD PARTOUT, comme autre chose qu’un souhait.

En effet jamais ce slogan ne fut plus vrai. Déci delà, un certain désir de communisme a fait se retrouver des gens hier encore séparé par la gestion de leur misère quotidienne.

Déci delà, encore, un certain besoin d’anarchie a destitué un par un tous ceux qui souhaitaient se faire les intermédiaires entre une colère spontanée et un état à la recherche d’une représentation ( dans le sens le plus théâtral du terme).

Les ronds-points occupés ont vus naitre des mondes, des lieux de vie. Et déjà, dans la détermination des gilets jaunes on devine combien l’apprentissage d’une joie et d’une puissance a aboli, en partie, la méfiance et la distance qui relient les atomes d’être dans le réseau isolateur de l’époque contemporaine. Sur les ronds-points, cabanes et cuisines collective, soirées au coin du feu. Sur les ronds-points, fêtes et engueulades. Peur des expulsions. Attente. Confrontation. Sur les ronds-points, cette même  gendarmerie venue détruire des cabanes. Sur les ronds-points les mêmes larmes et la même rage.

Et voilà, comme en négatif, cet habitat commun et précaire fait redécouvrir à tous les isolés, ce que signifie réellement l’acte d’habiter. Habiter, c’est créer des monde et toujours « l’homme habite en poète. » Qui donc peut revenir à la solitude des cages de béton et des cages affectives après avoir profondément et réellement découvert qu’il n’y a d’habitation possible que dans l’expression d’une puissance commune et de fables pour en établir la légitimité ?

La lutte est ce sortilège qui, par la rencontre des êtres et des évènements, contamine l’esprit et le corps à jamais. Car la lutte n’a jamais été autre chose qu’une question sensible.

ZAD PARTOUT ; jamais ce slogan ne fut plus vrai.

 

Interlude : – « Tant qu’on sera mignons, ils nous prendront pour des cons » – petite chanson pour le climat –

Monsieur le professeur
Nous a dit « il est l’heure !
De marcher pour le climat.
Avançons dans le bonheur. »

Monsieur le professeur a dit
« Ça c’est la démocratie
Et vous autre mes enfants
Vous sauverez l’monde en marchant »

Semaine 1, ça marche bien
Combien de marches avant la fin ? ( x2)

On croisait au balcon
Des gens charmants souriant
Applaudissant les garçons
Et les filles en passant.

Ils étaient fiers de nous
Et on passait souriant
Comme des petits fous
Nous marchions en chantant.

Semaine 2, ça marche bien
Combien de marches avant la fin ? (x2)

Il y’ avait la police
Afin de nous protéger.
Et avec eux comme complices
Des grands parents fatigués.

Tous en cœur ils disaient :
Surtout ne changez jamais !
Vous n’êtes pas violents
Et c’est ça qui plait aux gens !

Semaine 3, ça marche bien
Combien de marches avant la fin ? (x2)

On a bien plu aux gens.
Ils disaient « qu’ils sont charmants ! »
Les journalistes de reprendre :
« Ces enfants sont tellement tendres ! »

Nous on était content
Car la fêtes était bien là
En marchant en marchant
En marchant pour le climat

Semaine 4, ça marche bien
Combien de marches avant la fin ? (x2)

Y’en avaient tout en noir
Qui criaient des choses bizarres.
Ils chantaient des chansons
Qui causaient d’insurrection.

Gueulaient avec malice
« Tous l’monde déteste la police »
Cop1, cop2, cop21 ?
Combiens d’cop avant la fin ? »

Semaine 5 ça marche bien,
Combien de marches avant la fin ? (x2)

Y’avait aussi Greta
Elle marchait pour le climat
Et dans les parlements
Nous défendait ardemment

Elles disaient « politiciens
Agissez pour notre bien ! »
Les flics la protégeaient
Du petit peuple qui marchait.

Semaine 6, ça marche bien
Combien de marches avant la fin ? (x2)

On a marché et marché,
Jusqu’à en être épuisé.
Puis vinrent les élections
On est rentré à la maison

Les adultes nous on promit :
« On prend en main votre vie ! »
Et comme on a été mignons
Ils nous ont pris pour des cons !

Semaine 361, ça marche plus
Sur la terre on respire plus
On a tous marché pour rien
Et maintenant c’est la fin.

Salauds d’politiciens !
Si c’était à recommencer
On s’mettrait tout en noir
Pour dépaver les trottoirs.

On crierait « Insurrection ! »
Et on chanterait des chansons :
« Ecologie sans transition !
Gouvernement destitution ! »

Semaine 1 ça marche bien !
Combien de marches avant la fin ? (x3)

 

 

 Gouvernement destitution – écologie sans transition. 

Tous ceci pour illustrer la puissance de l’autonomie. Là où l’état régule, là où le bras armée de la civilisation détruit-reconstruit, il n y a pas de place pour l’écologie. On n’a jamais vu une foret pousser entre les dalles d’un trottoir. Il est illusoire de demander à la classe politique, incestueusement liée aux classes financières écocides de régler un problème dont elle est en grande partie la cause. La civilisation industrielle, c’est cette alliance du règne de l’argent et des institutions. Ceux qui s’égosillent dans les couloirs des parlements sont au mieux des naïfs, au pire des agents du capital. L’écologie, c’est ce mouvement sensible qui destitue, dans la vie-directement-vécue- , la logique quadrillé du monde de la marchandise. C’est des mondes en résistance qui s’érigent dans le désir et l’adversité, dans le dépassement de l’adversité et le maintien du désir. C’est la beauté du Keelbeek enneigé un matin d’hiver. C’est le bourdonnement des abeilles au-dessus du champ de la discorde. C’est le chant des oiseaux au-dessus du réveil de la Sablière d’Arlon. C’est une oie du Nil qui prend le soleil dans l’eau du Marais Wiels. C’est un petit chemin de boue qui aspire une chaussure trouée. C’est une soirée autour d’un feu, entre amis.

C’est une barricade en flamme pour empêcher les assassins de bétonner le vivant.

L’écologie n’est pas cet appel constant au désespoir que scandent experts et savants. Que répètent inlassablement tous ces fonctionnaires qui, payés par l’état ou le capital produisent principalement du savoir, c’est-à-dire du pouvoir, pour l’état et le capital. Le jargon scientifique ou administratif n’est qu’une manière d’établir dans le langage la séparation entre membre de la secte consumériste-étatiste et dominion de sa totalité mercantile.  La gauche, depuis longtemps déjà adepte de l’accumulation des sujets, à empilé à tout le reste de son appareil idéologique de bouée de sauvetage l’écologie comme chose en plus là où elle devrait être présupposé. La gauche, qu’elle soit réformiste ou se prétende révolutionnaire, a hérité du siècle passé cette tendance chrétienne à la parousie. Comme un christ viendrait à la fin des temps trier les âmes, quelques révolutions-toujours-a-venir, quelques plans toujours-a-construire, justifient qu’il faille toujours-attendre pour agir. En tant que parti du toujours-après, du toujours-plus-tard, la gauche belge en débris est ce dernier dispositif policier pour conserver le statut-quo. Une écologie qui ne serait pas émancipée des réflexes et des sectarismes des gauches constituées se voue à errer dans le purgatoire des assemblées générales, des agendas militant, a courir derrière les sujets de société comme un chien un peu toqué rapportent inlassablement le bâton.

Les marches climats du jeudi ont partagé avec le mouvement gilets jaunes ce caractère iruptif qui donne un coup d’avance sur l’ennemi. D’abord sauvages, dès que la moindre contagion avec des discours et des pratiques plus conséquentes fut en voies de se faire, le parcourt qui passaient sous les fenêtres de l’union européenne et des lobbies alentours, fut redirigée par la police en cette stupide et inutile marche Nord-Midi. De toute évidence, un peu de force fut perdue. Mais qu’importe, rien n’est fini mais tout commence. Il reste encore des tas de formes surprenantes de luttes à recommencer ou à inventer.

Il est clair qu’un des premiers impératif pour cette génération climat, et pour les gilets jaunes belges, serait de fréquenter et de participer à la marche contre la maxi-prison de Haren et son monde, rares sont les luttes écologiques conséquentes menée dans les alentours de Bruxelles. Rares sont les luttes écologiques où cohabitent la radicalité concrète des gilets jaunes et la radicalité théorique des jeunes pour le climat. Les ZAD, et le milieu autonome en général, sont ce point d’intersection où peuvent se rencontrer ceux qui, de part et d’autres de ces deux mouvements souhaitent donner à leurs pensés des conséquences en acte.

Car les ZAD, les squats, les communes, sont ces lieux même où le blocage de l’économie, de la propriété privé, de la métropolisation et du bétonnage rencontrent ce désir  d’existence qui fait non seulement défendre l’environnement, mais invite aussi à « changer la vie ». C’est tout l’héritage d’un Rimbaud à la fois communard et écologiste.

Il faut que les gilets jaunes viennent aux marches climats, à la zad de Haren comme il faut que les jeunes viennent sur les blocages, de rond-point ou d’une usine près de Clabecq, viennent aux manifestations, à Paris ou ailleurs.

Rien n’arrange mieux le pouvoir que cette séparation factice entre climat et lutte sociale. Les répressions insistantes à l’encontre de gilets jaunes autonomes prouvent que cette crainte est même devenue une ligne politique dictée à la police, qui d’intimidation en arrestations sans motifs, nous aurons clairement fait comprendre que l’on était tenus à l’œil, surveillés. L’état nous observe ? Crevons-lui les yeux.

Nous devons à la fois créer les mondes que nous voudrions voir advenir. Et attaquer, attaquer sans relâche tout ce qui se dresse contre leurs érections.  Ouvrir des maisons de la terre partout. Empêcher l’industrie de métastaser plus encore le vivant. Créer entre nous la solidarité qui nous libèrera un peu du chantage marchand : marche ou crève.

Il y a des vertus révolutionnaires dans tous potagers bios comme dans tout cocktail Molotov.

Et ceux qui doutent encore que le climat mérite l’insurrection n’ont probablement pas encore été brulé par ses flammes.

ZAD GÉNÉRALE

GRÉVE PARTOUT

BLOCAGE ET SABOTAGE

LA VIE SEULE EST SOUVERAINE


DÉCLARATION DE GUERRE DU PARTI DES OISEAUX

CONTRE LA CIVILISATION INDUSTRIELLE

 


Rendez-nous les saisons.

Rendez-nous les hivers que vos villes ont rendus fous

Rendez-nous les étés que vos voitures ont étouffés

Rendez-nous l’automne aux mille couleurs de bruns et de morts.

De décomposition

Dans le regard d’une vache

Je vis l’histoire de la civilisation

Triste regard de la bête percluse

La vache est toujours déjà

De l’environnement

 

Rendez-nous l’aurore claire et bleue des matins sans réverbères.

Rendez-nous les soirs noirs.

Rendez-nous le vent

la pluie

la neige

les torrents qui torpillent les vallées

Dans le regard d’un chien

J’ai vu la servitude d’un maitre

 

Rendez-nous le chant des oiseaux aux dernières lueurs du jour

NOUS SOMMES DU PARTI DES OISEAUX

 

 

Dans le regard d’un Merle du soir

Dans le regard d’une Chouette de la nuit

Dans le regard d’Étourneau en voyage

J’ai vu l’inquiétude de la liberté.

 

Rendez-nous les étoiles ! Nous partirons à l’assaut du ciel !

Rendez-nous la peur de marcher dans la nuit.

Rendez-nous le bruit des branches mortes qui craquent sous nos pas.

Rendez-nous l’angoisse.

 

De quoi t’as peur hein, petit ?

La vie c’est là ! tout près ! traverse la rue

Marche marche marche

Marche encore jusqu’à te coucher épuisé

Sous un grand chêne

De quoi t’as peur hein ? Petit ?

De quoi t’as peur ?

La vie c’est la !

Nous sommes du parti des rats

Des vautours, des renards

Nous sommes du parti des batraciens

Rendez-nous les chiens

Et les abeilles

Et les loups

Et les vautours

Rendez-nous le danger d’exister

Rendez-nous l’existence !

Rendez-nous la patience !

Rendez-nous la tendresse !

Rendez-nous l’ivresse des grands vins de soleil

Et des grands froids sous la lune !

Rendez-nous la fortune des jours heureux

Que vous avez enfui sous vos ruines

Gisant sur l’asphalte

Et nos yeux assignés à vos lignes droites !

Nos yeux qui s’épuisent dans vos métries !

Rendez-nous la pluie !

 

Nous savons que dans la Nuit

C’est encore le soleil qui éclaire.

Rendez-nous l’ennui !

Rendez-nous le privilège de vieillir.

Rendez-nous le silence.

Nous savons l’heure par le chant des oiseaux,

Nous lisons les lendemains dans le ciel.

Nous sommes d’hier déjà – de demain encore

Mais nous peinons à rester aujourd’hui.

Rendez-nous la folie !

Nous sommes du parti des cabanes

aux voix de terre Gleize.

Chiens parmi l’émeute

Égos conjurés

Égaux obstinés

Nous sommes du parti des étangs

qu’un vent

d’ouest rigole.

Rendez-nous le bonheur !

Nous sommes du parti des fleurs

en bataille

contre les tailles

et leurs lignes droites.

Nous sommes du parti des courbes

et des méandres

des petits feux de cendre

et des salamandres

Et nos âmes ont touchés

de grands feux

de grands froids

 

Rendez-nous l’ombre des sapins

Et des pins

Les chemins tortueux

Qui ne mènent nulle part

Rendez-nous le hasard.

 

 

De quoi t’as peur hein, petit ?

La vie c’est là ! tout près ! traverse la rue

Marche marche marche

Marche encore jusqu’à te coucher épuisé

Sous un grand chêne

De quoi t’as peur hein ? Petit ?

De quoi t’as peur ?

Nous sommes les oiseaux qui annonçons la tempête

 

 

Quelques gilets jaunes autonomes.

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