Iʟ ꜰᴀᴜᴛ ᴇ̂ᴛʀᴇ ᴛᴏᴜᴊᴏᴜʀs ᴅᴜ ᴄᴏ̂ᴛᴇ́ ᴅᴇ Sᴀᴛᴀɴ.
Aɴɢᴇ ᴅᴇ́ᴄʜᴜ ! ᴘʀᴇᴍɪᴇʀ ᴅ’ᴇɴᴛʀᴇ ᴛᴏᴜs ʟᴇs ᴀɴᴀʀᴄʜɪsᴛᴇs
Tᴏɪ ǫᴜɪ ᴛᴇ ʙᴀ̂ᴛɪs ᴛᴏɴ ʀᴏʏᴀᴜᴍᴇ ᴀᴜ sᴇɪɴ ᴅᴇ ʟᴀ ᴄʀᴇ́ᴀᴛɪᴏɴ.
Tᴏɪ ǫᴜɪ ʟᴇ ᴘʀᴇᴍɪᴇʀ ᴅᴇ́ꜰɪᴀ Dɪᴇᴜ ᴇᴛ ʟᴇ ᴘᴏᴜᴠᴏɪʀ.
Tᴏɪ, ᴘᴇ̀ʀᴇ ᴅᴇs ɪɴsᴜʀʀᴇᴄᴛɪᴏɴs.
Nᴏᴜs sᴏᴍᴍᴇs ᴛᴇs ᴇɴꜰᴀɴᴛs.
Nᴏᴜs ᴠᴏᴜʟᴏɴs ʙʀᴜʟᴇʀ ɴᴏs ᴀɪʟᴇs ᴀ̀ ᴛᴏɴ sᴏʟᴇɪʟ ᴠɪꜰ.
Nᴏᴜs ᴠᴏᴜʟᴏɴs ᴇ̂ᴛʀᴇ ᴅᴇ́ᴄʜᴜs ᴘᴏᴜʀ ᴊᴏᴜɪʀ
ᴄᴏᴍᴍᴇ ᴛᴏɪ
ᴅ’ᴜɴ ʀᴏʏᴀᴜᴍᴇ ᴀ̀ ɴᴏᴜs
LOIN DE DIEU.
Uɴ ʀᴏʏᴀᴜᴍᴇ ᴅᴇ ᴍᴏʀᴀʟᴇ ɪɴᴠᴇʀsᴇ́ – ᴅᴀɴs ʟᴇ ᴄʀᴇᴜx ᴄʜᴀᴜᴅ ᴅᴇ ʟᴀ ᴛᴇʀʀᴇ
Pʀᴇ̀s ᴅᴇs ʟᴀᴠᴇs ǫᴜɪ ʙʀᴜʟᴇɴᴛ
Eᴛ ᴅᴇs ᴄᴏᴜʀᴀɴᴛs ᴍᴀʀɪɴs ǫᴜɪ sᴇʀᴘᴇɴᴛᴇɴᴛ.
Lᴇs ᴄɪᴇᴜx sᴏɴᴛ sɪ ᴄʟᴀɪʀᴇs – sɪ ʙʟᴇᴜs
Sɪ ꜰᴀᴅᴇs
Cᴇ ǫᴜɪ ᴇsᴛ ᴘʀᴏꜰᴏɴᴅ
Esᴛ ᴛᴏᴜᴊᴏᴜʀs
– Oʙsᴄᴜʀ.

06 𝖓𝖔𝖛𝖊𝖒𝖇𝖗𝖊  𝖉𝖊 𝖑’𝖆𝖓  𝖉𝖊 𝖋𝖊𝖗 1312.

𝖁𝖔𝖎𝖗 𝖑𝖆 𝖙𝖔𝖒𝖇𝖊 𝖉’𝖚𝖓 𝖊𝖒𝖕𝖊𝖗𝖊𝖚𝖗…

.

« Ainsi finissent les gloires. » Déodat avait susurrés les mots comme on parle à ses démons. Il regardait le visage pétrifié de l’empereur défunt. Le moule qu’on avait posé sur son visage montrait encore des traits fatigués de polémiques. Ainsi donc finissaient les gloires. Dans la pierre, pétrifiées pour l’oubli et les siècles à venir qui écriront les mensonges qu’ils nommeront Histoire. Sous l’apparente luxuriance des atours impériaux et les objets intimes de feu Otton VI il lui semblait voir un homme nu, un homme seul, dans des limbes éternelles gagné au prix d’un pouvoir éphémère et dégénérescent.

« Quelle pitié. »

Ainsi l’homme avait fait preuve d’audace, de rouerie, de vice, et d’honneur pour s’élever jusqu’aux confins des Marches d’empire, jusqu’au trône tant convoité qui ne cessait depuis plusieurs siècles de chanceler et de grandir, de s’avilir et de se mythifier.

« Quelle pitié. »

Des peines et des trahisons, des amours déchus, des ambitions inachevées, des fracas d’indolence et d’orgueil pour en arriver à cela. Un nom presque effacé sur une pierre entretenue par habitude. Un nom presque oublié qui continuait pourtant d’assurer ses mauvaises œuvres dans le présent.

« Ainsi finissent les gloires. Quelle pitié. »

Déodat posa sa main sur la joue de pierre froide de l’empereur. Il n’en ressentit rien. Lui, l’illuminé de Bourg, mystique et ivrogne, étaient venu voir la tombe de l’élu de dieu et des urnes, il était venu recueillir un peu de ce que la providence lui avait offert, glaner un peu de destin pour se porter chance et aide divine. En fait de destin et de providence, il ne recevait de Dieu que pitié.

« Ainsi finissent les gloires. » Dans l’oubli à peine troublé par les visites superstitieuses, et les veilles nostalgiques qui s’éteignent dans des ambitions à venir. A quoi bon sommes toutes cerner la couronne ottonienne si l’éternité se poursuit seul? L’ainé Rose Noire ressentit de la peine pour l’empereur défunt, une peine profonde. Ce tombeau était froid et impersonnel. Cette crypte avait des airs de prison et il lui semblait entendre résonner dans le marbre des plaintes doucereuses. Elles chantaient en latin vulgaire des psaumes de délivrance, des supplices de solitudes. Décidément, toute fosse commune était plus enviable que cette farce sous voûte.

Et ses murmures se transformaient en démons. Son coeur battait avec une lenteur enivrante. Il se trouvait comme dans un demi coma, la tension basse, et les pupilles cerclé d’un halo noir. Ce lieu était celui de dieu, et pourtant, aucune de ses félicité n’y régnait.

« Dieu n’est qu’un suzerain ingrat. »
[i]fut susurré à nouveau, dans la posture courbée par l’homme qui se retenait de choir, les mains au gisant, et l’esprit aux tourments. Pour la première fois de toute son existence, Déodat ne ressentit aucune honte d’avoir blasphémer. Que du contraire, son âme devenue si froide semblait se réchauffer, et une volonté de puissance, une puissance mystique, aussi méchante qu’un rachitique combattaient dans sa têtes des hordes d’illusions barbares. Son coeur rejetait Dieu pour s’offrir tout entier aux Démons. Il ne le percevait pas encore. Mais ce voyage en Belley où il avait cru naïvement s’extasier dans les grandeurs mortuaires du Saint Empire sonnait la victoire d’une partie de lui même sur une autre. La liberté attendait, quiète et agressive, au bout de ce tunnel noir, éclairée par le soleil des princes-démons.

 

 

𝕰𝖙 𝖓’𝖆𝖛𝖔𝖎𝖗 𝖖𝖚𝖊 𝖕𝖎𝖙𝖎𝖊́ 𝖕𝖔𝖚𝖗 𝖘𝖔𝖓 𝖌𝖎𝖘𝖆𝖓𝖙

06 𝔫𝔬𝔳𝔢𝔪𝔟𝔯𝔢 1415. 

O, Asmodée, Satan, Belzébuth mes frères !
sous vos soleils fatigués ; les terres arides.
Sous vos lunes éblouies ; des prières avides.
De vieilles démangeaisons, dogmes mortifères
qui prétendent à combler tous les vides sur Terre.
Des credos sans puissance pour souverains idiots
des mensonges psalmodié dans du rythme, de flots
emplissent les chaires les chœurs, et les corps
pour que ploient les genoux soumis aux voûtes d’or
accablantes où s’écoulent par le haut des perchoirs
des torrents de mensonge et des missels sans gloire.
Regardez les donc, mes princes, quitter le parvis
d’un église presque en ruine aux hachoirs avachies
Regardez donc leurs yeux comme ils scrutent le ciel
en quête de Dieu sait quel Paradis éternel.
L’idée peut être – post mortem -d’y mériter séjour
Suffit à les assoupir même aux zéniths des jours.
Ils remettent à demain les désirs d’aujourd’hui
remettent aux calendes cette sensualité qui
ourdit des complots enivrant contre toutes les vertus
et invite à raison à s’faire bouffer le cul.

O, Asmodée, Satan, Belzébuth mes frères !
O assoupis dans les Nuits d’Aristote !
Vers la Lune je me tourne et mon âme s’éclaire.
Il ne m’est plus besoin d’écrire par litotes,
Car je suis libre enfin de vivre toutes les vies.
Liberté ! C’est à toi que j’offre ces démonologies.

𝕾𝖊𝖗𝖒𝖊𝖓𝖙 𝖊𝖙 𝖆𝖑𝖑𝖊́𝖌𝖊𝖆𝖓𝖈𝖊 𝖉𝖚 𝖓𝖔𝖚𝖛𝖊𝖑 𝕴𝖓𝖋𝖎𝖉𝖊̀𝖑𝖊.

-Reconnais-tu en Dieu, le moteur du monde,
la pensée suprême, la cause efficiente et finale de l’univers ?
Reconnais-tu son Église comme ton guide
dans la connaissance de Dieu et jures-tu de lui rester fidèle ainsi qu’à
son autorité, seule représentante de l’Être divin sur terre ?

-Je refuse tout cela de ma propre volonté pour la Damnation
de mon âme en vue de ma résurrection auprès du Sans-Nom
dans la contemplation éternelle de la beauté du Mal.
Je désire que mon nom apparaisse dans des Flammes
comme contempteur du Dieu Tout Puissant.

 

𝕯𝖊𝖗𝖓𝖎𝖊𝖗 𝖏𝖚𝖌𝖊𝖒𝖊𝖓𝖙 – 𝖈𝖔𝖒𝖒𝖊𝖓𝖙 𝖏’𝖆𝖎 𝖏𝖚𝖌𝖊́ 𝕯𝖎𝖊𝖚.

Alors à l’ aube de ma résurrection
je me tenais là dans ce tribunal divin.
Sous les voûtes célestes des anges démons
du Très Haut le regard me toisait enfin.
Et les mots de sa bouche furent condamnation :

« Tu as fait de ta vie le plus odieux festin
rien pour toi n’était assez grand, assez sacré.
Et toutes les bontés que j’ai offertes aux Hommes
de ta bouche venimeuse tu les as blasphémées.
Tu as fait de tes vices ta plus grande vertu.
Et de tes turpitudes tu as fait un destin.
Violeur et voleur, inverti, assassins.
Tous ces mots sont pour toi et ta tête cornue.
Je te laisse devant moi le soin de te défendre
Je suis bon et serein, et je saurais entendre
les excuses qu’il te faut adresser à tes frères
dont tu as pétris l’âme comme on frappe le fer. »

« O Très Haut ! O tout puissant souverain !
Tu demandes des excuses et tu n’en trouvera point
Car de tous les péchés dont tu m’accuse céans
je ne nie pas le fait et onques ne m’en repend.
Car j’ai jouit enfin d’être sur ta Création
lorsque de tes credo je me fis une Passion
Et passai ton grand livre par les flammes du bûcher
Comme le font tes chiens pour mes frères opprimés !

O Très Haut ! O tout puissant souverain !
Me détournant de toi j’ai retrouvé enfin
les routes qui éloignent des mélancolies
et les palais luxuriants où s’épuise la vie.

Et pourtant les premières quarante années de ma vie
Je les ait passé seul et triste à chercher à t’atteindre
Et je fus malheureux comme un roi sans ennemis
Et mon coeur et mon âme commençaient de s’éteindre.

N’entendais tu pas alors, o très haut, o souverain
les sanglots et les pleures qui te furent destiné ?
N’entendais tu pas que te demandait au loin,
un homme qui sans doute, se serait suicidé,
s’il n’avait – Grâce à Dieu – rencontré Asmodée ?
Et Satan ? Et Belzébuth ? Belial et Lucifer ?
S’il n’embrassa Azazel, Léviathan et l’Enfer ? »

 

𝑼𝒏𝒆 𝑺𝒂𝒊𝒔𝒐𝒏 𝒆𝒏 𝑬𝒏𝒇𝒆𝒓 – 1871

« Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.

Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. — Et je l’ai trouvée amère. — Et je l’ai injuriée.

Je me suis armé contre la justice.

Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c’est à vous que mon trésor a été confié !

Je parvins à faire s’évanouir dans mon esprit toute l’espérance humaine. Sur toute joie pour l’étrangler j’ai fait le bond sourd de la bête féroce.

J’ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. J’ai appelé les fléaux, pour m’étouffer avec le sable, le sang. Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l’air du crime. Et j’ai joué de bons tours à la folie.

Et le printemps m’a apporté l’affreux rire de l’idiot.

Or, tout dernièrement m’étant trouvé sur le point de faire le dernier couac ! j’ai songé à rechercher la clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit.

La charité est cette clef. — Cette inspiration prouve que j’ai rêvé !

« Tu resteras hyène, etc…, » se récrie le démon qui me couronna de si aimables pavots. « Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoïsme et tous les péchés capitaux. »

Ah ! j’en ai trop pris : — Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irritée ! et en attendant les quelques petites lâchetés en retard, vous qui aimez dans l’écrivain l’absence des facultés descriptives ou instructives, je vous détache ces quelques hideux feuillets de mon carnet de damné.

 

 

0͛6͛ ͛n͛o͛v͛e͛m͛b͛r͛e͛ ͛2͛0͛1͛8͛.͛ ͛F͛ê͛t͛e͛ ͛c͛h͛e͛z͛ ͛L͛u͛c͛i͛f͛e͛r͛.͛

-Faîtes quelque chose ! Il va mourir !

-Sortez madame d’ici… On le perd putain !

Tout ce bruit… ils ne savent pas que la mort a besoin de calme. Je quitte ce monde comme j’y suis entré… dans le bruit. Des larmes. Des peines. Des cris. Des joies. Tout ça pour un seul homme. Pour un homme à la hauteur de son crime. Je vais être jugé, paraît-il, même si je n’ai jamais rien demandé. Je n’ai jamais cru en rien ! Je n’ai de Dieu que le présent. L’instant, le moment, sont mes saints. Je ne me fais donc pas d’illusion…

Mes yeux se ferment. Ils s’éteignent sur un monde… finalement ni bien, ni mauvais. Comment en serait-il autrement dans l’au-delà ? Rien n’est déterminé, rien n’a d’importance. Ni l’amour, ni la mort ! Plutôt la lune que le soleil et de la paix pour des chemins trop long. Rien n’a d’importance…

Lumière ! Des ténèbres déchirées, j’ai quitté le monde avec fracas. Devant moi le paradis des hommes ! Des chiots aussi ! Et des perruches aussi !Ça brille, ça fait « bling bling ». Je n’aime pas…et tout ce kitch à l’américaine. C’est comme dans les rêves le paradis, une espèce de terrain de golf avec des gens tout en blanc. Bien, puisque c’est ici que je vais passer l’éternité autant y aller directement. Je m’apprête à passer d’augustes grilles dorées, quand soudain le tonnerre gronde bruyamment…

-Où allez-vous ? Rugit une puissante voix. Je me chie dessus littéralement.

C’est Dieu qui me parle ? Alors ne suis-je donc pas Dieu ?

-Non ! Non, tu n’es pas Dieu, me répond l’Alpha et l’Omega.

-Seigneur ! Pardonnez-moi ! Je suis confus… rencontrer le plus grand criminel de tous les temps…C’est un grand honneur ! Il se trouve qu’à mon actif j’ai tué un homme qui me devai…

-Silence ! Profitez-en ! Car ce qui vous attend c’est l’enfer ! Oui l’enfer et que ma volonté soit faîtes !

Je n’ai pas même le temps de répondre, mon corps est saisi d’une puissance. Je traverse des années lumières en un instant. Des étoiles, des planètes défilent à mes côtés. Tout disparait et je me retrouve dans un endroit sous une immense lune. Il fait nuit. Il y a une forêt devant moi. J’entends des cris de bêtes et des chouettes qui m’appellent. C’est beau, c’est bon, d’être sous le ciel étoilé. Quel est cet endroit au cœur de paisibles ténèbres ? Il y a une petite rivière un peu plus loin et un enfant sur ses bords. Il semble calme, il est seul, immensément seul. Je m’approche de lui, une incroyable volonté m’attire. J’arrive à ses côtés et comme auprès d’un vieil ami- je m’installe. Il ne fait pas attention à moi, il continue de fixer l’horizon. Il a ces boucles argentées et ce visage qui n’est pas celui d’un homme. Qui n’est pas celui d’une femme…

-Bonsoir, lui dis-je tout doucement. Vous êtes Lucifer ?

-Tu veux une latte de coke ? Me répond la voix la plus angélique qui soit.

La question et cette voix me perturbent, je ne réponds pas tout de suite. C’est tout de même un enfant, me dis-je avant de me reprendre.

-Euh…Oui je veux bien.

Un miroir apparait sous mon nez avec une longue ligne blanche dessus, très cristallin tout ça. Je fais l’aspirateur tant que je peux, mais c’est trop. Jamais de toute ma minable vie terrestre j’avais goûté à un truc pareil.

-T’inquiète. Tu vas t’y habituer, on n’est pas sur terre ici. Viens avec moi, continue Satan sans plus d’émotion.

-Je ne veux pas partir.

Il me prend la main et nous disparaissons. L’instant d’après nous sommes au milieu d’une vallée pleine de monde qui dansent. Tout le monde est dans une belle ivresse, nul ne souffre. Personne ne semble se poser d’imbéciles tourments moraux. Au loin des montagnes encerclent notre royaume. Toutes sortes de musiques résonnent pour la plus infernale des fêtes. Il y a là Dionysos et les anciens. Je vois Rimbaud, Baudelaire et même Staline avec Jeanne d’Arc, la sorcière qui tua pour Dieu. Et d’autres gens qui rient, qui se rencontrent à des siècles d’intervalles. J’aime l’éternité !

-Bienvenue monsieur Anathème, me dit le diable.

-Mais ce n’est pas l’enfer ! Lui répondis-je presque déçu.

– Et pourtant tu y es ! C’est bien en mon royaume que tu te trouves et je t’y accueille à bras ouvert. Je me suis rebellé contre Dieu, j’ai vaincu la tristesse de Dieu. Là où tu te trouves nous célébrons le plaisir, là où nous sommes nous n’avons pas besoin de soleil. Nous sommes chacun une des étoiles qui éclairent le monde. Les astres qui l’observent quand il est le plus beau, quand il fait nuit.

Sur ces mots je ne pus me retenir, la musique était trop envoutante. Je me mis à danser avec une étoile, je laissais Satan derrière moi. Je ne l’écoutais plus, mais j’entendis ces derniers mots comme une leçon immortelle :

-N’oublie pas Anathème ! Dieu est jaloux des hommes.

 

 

0𝟻 𝚓𝚊𝚗𝚟𝚒𝚎𝚛𝚜 𝟸0𝟸0. 𝙰𝚟𝚎𝚞 𝚍𝚎 𝚌𝚛𝚒𝚖𝚎 𝚊̀ 𝚕’𝚒𝚗𝚝𝚎𝚗𝚝𝚒𝚘𝚗 𝚍𝚎 𝚕𝚊 𝚓𝚞𝚜𝚝𝚒𝚌𝚎.

Il tombait sur les pavés d’une ville

Une pluie agressive musicale et lascive.

Bientôt d’une rigole un ruisseau fut formé

Emportant dans ses flots un jeune homme tourmenté.

Son petit visage d’ange hier encore arboré

En difformes grimaces s’exclamait de douleurs.

Et son rire sonore à la pluie ajoutait

Une note agressive musicale et lascive

Qui tombait à regret sur les pavés d’une ville.

 

Ce jeune homme à tète d’ange que pleurait-il ?

La beauté m’a-t-on dit offre le monde à l’être

Et pourtant dans ses traits difformés de regrets

Tout un monde affligé dansait en feu de joie

C’est le rire des démences, des tragédies voulues

C’était l’âge résigné

Des malheurs acceptés. On s’était dit pourtant

Que rien, non rien, ne nous ferait tantôt

Pareil à ses ombres qui hantent les métros.

On s’était promit, oui, on s’était promis

Que l’on serait au monde comme les anciens héros

Pourfendant dans l’honneur la joie d’être tragique

Mais voilà qu’au passage d’un âge catégorique

On se surprend bientôt dans quelques apaisements

A penser puis agir comme le font tous ces gens.

 

Son pas foulait ses réflexions profondes.

Les ombres se cachaient à l’ombre des bistrots.

Mais lui avançait toujours, riant avec la pluie

Et recevait d’elle le gout des tragédies.

La dans les cafés des ombres abrités

Observaient avec rage cet arrogant passage

« Comment donc cet enfant à la grâce peut-il renoncer ?

Quelle est cette audace qui le fait sous la pluie s’amuser ? »

 

Il riait donc plus fort, et tous de l’observer, passant

Inquiet par l’inquiétude.

La démence déjà difformait sa beauté

Masque affreux offert par sa mère.

Dans ses cheveux la pluie coulait comme un fleuve

Qui emportait tout de sa vie de jadis.

Et il voyait couler dans les sillons de pisses

Des fluides douteux détenant son histoire

Qu’à grand pas il foulait dans la lueur du soir.

Il riait de plus belle devant l’enfance fuyante

Vers les égouts ou les eaux usées s’échouent.

Il revoyait l’amour. Il revoyait la peine

Il revoyait tous les désirs inassouvis

Tout cela l’avait tant fait souffrir, hier, oui hier

Mais il était né ce matin à la première bière.

Elle s’était prolongé jusqu’à ce soir déchu.

Ce nouvel être serait sa dernière demeure.

Et de sa peau les trait déformés de démences

Seraient un ultime linceul pour une ultime transe.

Dans sa bouche tout un monde de mots

S’ulcéraient, nécrotiques entre les bactéries.

Et voici que passa une petite fille, seule

Affligée sous la pluie par ses parents abandonnés.

Elle pleurait à chaudes larmes comme pleuvaient les pavés.

Il se pencha vers elle, lui dit quelques mots doux

Puis de sa tête saisie en frappa à grand coup

Ces pavés qui pleuvaient de sang désormais

Et il rit ! oh comme il rit de ce nouveau méfait!

Il voyait s’éloigner cette ombre affligés

Qu’il craignait de devenir.

Comme ce meurtre lui apparut soudain plus beau

Plus beau encore que les fables amoureuses

Les amitiés rieuses, puis les bistrots plein d’ombres.

Plus ivre encore qu’il ne l’était de bière

L’ivresse du sang lui parcourut la chair.

Et son cœur d’hier pleuvait comme la rue.

Et lavait son visage des sueurs corrompues

Par une vie de morale d’éducation pétrie

Qui dans un meurtre sans le moindre mobile

Venait de prendre fin avec l’éclat sanguin.

Il sentait s’envelopper autour de son cœur

Une nouvelle peau, une dernière demeure.

 

Il faut croire que passant

Deux ou trois gens de biens

Virent couler ce sang

Sans n’en comprendre rien.

Funeste infanticide

Qu’ils voulurent venger !

D’un pas preste  se décident

à punir le meurtrier.

 

Ils le frappèrent ensemble

Sans que son rire n’en tremble.

Ils frappèrent si fort

Que toutes veines éclatèrent.

Ils frappèrent encore.

Et mourut sur la pierre

Ce tout nouveau démon

Dans l’art de tuer

Cette nouvelle passion

Par le sang amené.

 

Si tu passes, ô badaud

Aux heures noires de Bruxelles

Pas loin de l’Amigo

Prête donc l’oreille

À ce rire dément

Que parfois l’on entend

Résonner encore

Par-dessus les sonores

Amusements bruyants

Des ombres festives

C’est les joies agressives

Musicale et lascive

D’un double assassinat

Commit non loin de là.

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