« Je vous vois encore ! En robe d’été
Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.
Mais vous n’aviez plus l’humide gaîté
Du plus délirant de tous nos tantôts.
(…)
Soyez pardonnée ! Et c’est pour cela
Que je garde, hélas ! avec quelque orgueil,
En mon souvenir; qui vous cajola,
L’éclair de côté que coulait votre œil. »
Paul Verlaine.
Comme on vit on broie. D’abords les paroles hautes et puis le silence. Le silence froid des mots sans signification désormais. Il est claire que le deuil est en vérité ce qui donne à la vie son sens le plus plein.
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Il y’a comme on fracasse des meubles. Comme on fait le deuil de tout objet. Voilà, c’est tout, c’est là. Passez orgueils. Passez. Comme on vit on broie. Aucun sabot pour bloquer la mécanique du temps. Passez. Passez orgueils. Et que s’effondre avec vous toutes velléités de vivre. Comme on vit on broie.
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Aucune phrase ne sera jamais assez haute pour les stratosphères. Finalement le langage n’est peut-être qu’une certaine manière d’empêcher les gens de se comprendre. La langue est une patrie ! – mort à toutes les patries – et quel pays ! Passez patries.
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Tout est effondré aux continents intimes. Il y a comme fondent les glaciers. Neige affectives polluée aux trottoirs. Comme on vit on broie. Comme on vit on broie.
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Je passais sifflant dans la vie. J’ôtais mon chapeau pour saluer les toutes les idoles. « Bonjour monsieur ! Quelle belle journée pour entretenir encore un peu le mensonge universel ! » Habillé de quelques bénignes illusions – scélératement entretenue – je passais saluant les idoles. Mas en vérité s’étaient les idoles qui passaient, ulcérés, nécrotiques, au grand purgatoire des désillusions. Finissez idoles ! Amitiés, Amours, Passez ! Vous avez trop duré. Comme on se donne on s’écorche. Comme on vie on broie !
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Il faut pratiquer le nihilisme comme on hésiterait à se suicider. Etre constamment au bord du quai, prêt à tomber au prochain train. Roulez donc wagons infernaux, si pleins, si dépeuplés, roulez roulez. Vous ne faites que tourner en rond. Ainsi font font font les petites wagonettes. Passez orgueils.
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Il n’est pas besoin de pardonner. Tout cela est déjà loin. On ne juge pas un souvenir, c’est là, c’est tout, voilà. Je vous accorde le droit de me hanter. Car je vous aie aimé comme on s’accroche à un piquet. Hantez donc et merci ! Merci pour ce serment. Nous voici à jamais liés par les noces d’or et d’argent du deuil toujours renouvelé.
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Comme il est beau d’épouser tant de fatalité. De laisser au hasard la dignité de ses conspirations. Au vide ses vertiges. Au néant ses ivresses. A l’eau du petit bain ses clapotements puériles.
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Nager avec le courant. Nager contre le courant, c’est toujours au final le courant qui décide. On finit toujours par se noyer. Voilà, c’est là, c’est tout.
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Et pardonnez-moi, je vous en prie, d’avoir un peu trop cru à la vie comme je vous pardonne d’y croire encore.
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Je vous aime avant tout pour vos silences. Regardez comme il suffit de nous regarder pour nous comprendre. Comme un regard suffit. Voyez la beauté des mots suggérés. Tout est écrit, déjà. Pas besoin d’en dire plus. Voilà, c’est là, c’est tout.
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Faire des silences les moments les plus intenses de la vie. En finir enfin, avec le commerce des signes. Habiter l’autre comme on campe paisiblement dans un verger sauvage.
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Nous avons tant de farce à jouer, et si peu de temps pour les apprendre.
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J’aimerais pourchasser l’espoir de trouver un jour l’espoir pour lui casser sa gueule.

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