Silence ! La mélodie …

Écoutez la marche funèbre, comme elle s’accélère … Allegretto

Voilà le vacarme infernal de l’époque, perforant l’ouïe, brûlant la vue,

amenuisant l’essence de toutes choses.

Cymbales et tambours.

Aux cadences les vies mutilées, au pas de l’anesthésie les âmes !

Lento. Violons. La mélodie reprends.

Tout va à la ruine. Implacablement. Injustement.

D’une lente agonie et sans fracas.

L’empire vacille, emportant toute vie avec lui au tombeau.

Son immense orgueil ne supporte rien qui puisse survivre à sa chute.

Ainsi Phaéton, dans son arrogance, a perdu le contrôle du char solaire de son père,

embrasant la terre et les océans. Tout est à feu et à sang !

Les espoirs sont ternis.

Il n’y a plus cours de transformer un monde promis au désastre

et nulle utopie ne brille plus à l’horizon, elles ont fatiguées trop d’attentes.

L’âge d’or n’est plus à venir, il est retourné aux origines du monde.

Devant nous se joue la tragédie de l’existence humaine qui court à sa perte.

Largo. Cors et cuivres. Plus sévère encore. Wagner se réveille d’entre les morts.

Vanité du constat !

Que peut-on encore sauver ? Quels sont les rôles qui restent à jouer ?

Sauver ce qui ne peut l’être de cet immense brasier.

Voilà la part tragique du rôle qui nous est dévolu.

Livrer bataille contre un ennemi qui périra de ses propres excès.

Lui tenir tête jusqu’à la mort, pour l’honneur, comme pour nous venger de son joug !

Ce n’est pas l’espoir qui nous guide,

mais la poésie qui nous emporte dans les affres de la tragédie finale.

Il suffit ! Tous les instruments se taisent peu à peu …

Le dernier souffle des machines excite tendrement le souvenir des âges perdus.

Reviennent les jours alcyoniens. Ils peuvent durer des siècles.

Il n’y aura jamais assez de silence pour faire le deuil de pareil anéantissement.

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