T’es-tu déjà demandé, si tu ne devais voir qu’une couleur, à choisir, ce serait laquelle ?

J’en discutai avec Vincent. Pour peindre il commence par marquer une tâche avec la teinte qui lui tombe sous la main, il réfléchit à partir de l’imposition d’un premier jet et le reste suit. Comme lui beaucoup d’artistes sont désarmés à la vue des possibilités invisibles qui se dessinent sur une page blanche, le vertige. Pour moi c’est différent, je commence pour écrire par invoquer en moi la sensation du vide, la texture du silence.

Et qui te dit que si le blanc était un son, ce serait le silence ? Comme chaque couleur est l’expression d’une vibration, d’un phénomène ondulatoire de lumière en résonance dans l’espace et le temps, pourquoi le blanc ne serait-il pas le bruit d’une extase, l’écho conjoint de chaque variation chromatique superposée.

Il est des extases qui ne peuvent s’accueillir que dans le silence. Pense au feulement suspendu qui précède l’orgasme, aux couleurs qui fondent et se confondent avant l’évanouissement, tu vois blanc avant de tomber.

À moi le blanc évoque le Soleil d’hiver, la bise et la tramontane, la clarté rasante des derniers novembres, les matins qui durent jusqu’à seize heures, et ces ciels dont on ne perçoit plus l’éther. Je n’irai pas sans dire que les pâles journées sans heures m’évoquent une forme de sensualité, de lenteur.

Nitescence laiteuse sur la ville
le troisième décembre en état d’hypnose
tend la main et ne voit que le blanc
chemine en nyctalope aussi loin que le monde peut aller
au bout du chemin tu ne trouveras rien sinon que toi.
Perce la myste dos au nombre
dans la brume la route sous tes pas s’efface
tu marches face à ton ombre
ton reflet vient à ta rencontre.

Aussi loin que tu ailles ici
il n’y aura rien au bout du chemin sinon que toi
tu chemines à ta rencontre :

My suit is dark, my clouds are gray
And all things around me pass away
Well what if I leave, yea that’s what I’ll do I’ll leave…

Viens à ma rencontre.

De ton soleil assassiné
le spectre passe pâle
perce l’encéphale crymogène
dans le gaz perpétuel
vient à ma rencontre.

Cendre sur les promesses d’un ciel certain
un matin il te faudra répondre :
 » Dis-moi papa, pourquoi le ciel n’est pas ? »
qui seras-tu pour dire
sept ciel plus bas que rien
qu’une civilisation entière a échoué à devenir ?

Matin du troisième décembre c’est pâle partout
j’ai avalé les heures
le jour s’éveillent en état de choc
le Dieu-Soleil cyclope
passe nous faire le coucou
et d’une nuit tout s’étreint
toi tu viens à ma rencontre :

Rendez-nous les saisons
Rendez-nous les hivers que vos villes ont rendus fous
Rendez-nous l’aurore claire et bleue des matins sans réverbères
Rendez-nous les soirs noirs.

Je me suis réveillé le lendemain matin, qu’est-ce que ça fait d’avoir comme arrière-goût une impression de fin du monde en se levant, on sait que d’une nuit tout peut s’éteindre et pourtant il faut recommencer chaque jour, rassembler de quoi peupler le réel. Tu m’as demandé un matin si je ne devais voir qu’une couleur à choisir, ce serait laquelle. J’ai pensé à ceci, devant la feuille blanche on a nos solutions, il y a ceux qui font le vide, qui respirent, tu peux inspirer du blanc, te le prendre en intraveineuse et noircir tes pages. Rien ne doit arrêter la transe du dire. Et je n’ai plus le vertige depuis que le saut dans le vide n’est plus une option. Le Soleil se lèvera encore, quand la plus haute tour de babel s’érodera six ciels sous l’eau, comme s’érodera le béton d’Amazonie. Ce jour-là, je te trouverai et d’un jet blanc sur l’infini, nous nous repeuplerons.

 

N.M.

Crédit photo : H.A.C

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