Il est partout 

Un esprit qui voit tout. 

Ses neurones sont partout. 

Interconnectés. 

Dans chaque objet 

En nous et autour de nous.

Il comprend chacun de nos gestes,

Nos intentions,

Ce que notre langage corporel dit et que nous ne contrôlons pas. 

Chaque comportement qui sort de la norme est repéré.

Chaque comportement qui va à l’encontre du Bien ;

Analysé,

Catégorisé,

Réprimé en conséquence.

 

Des palpitations sur mon visage, invisibles à l’œil nu, mais enregistrées par les caméras. Toutes connectées, formant un réseau ultra-dense d’informations. Ce réseau, c’est Lui.

Il est en moi. Depuis la catastrophe, on nous a mis cette puce en nous. Pour nous protéger de la maladie et stopper les morts qu’ils nous ont dit.

Il me voit prendre et sortir un article du rayonnage. Il retient que je l’ai. Il sait localiser le produit, tout le temps. Il me voit le dissimuler. Il n’ouvre pas les portes à la sortie du magasin. Ses hommes de mains arrivent et m’arrêtent. Je ne vole plus dans les magasins.

J’entre dans la station de métro. Ma puce n’est pas validée. Les portiques ne s’ouvrent pas. Je passe derrière quelqu’un. Ses yeux le voient et informent ses mains-robots : je suis arrêté. Je ne fraude plus les transports.

J’essaye de ne plus avoir des pensées subversives car je sais qu’Il le saura.

Les flics passent à côté de moi. Mon cœur s’emballe. Ma puce l’enregistre et informe le reste du réseau. Je suis embarqué. Interrogé. Je suis un individu dangereux. Toute ma vie est passée en revue ; je finis en résidence surveillée.

Je ne suis pas sur Facebook, je n’ai pas de téléphone mobile. Je suis sûrement un dormant, un potentiel Terroriste.

Dans ce monde, impossible de reconnaître un être humain d’un robot humanoïde.

Les robots sont comme des parcelles de son esprit. Un esprit global.

Les flics sont des robots. Les armes sont des robots. Les avions sont des robots. Les métros sont des robots. Les voitures sont des robots. Tout est robot. Les robots surveillent qui fait quoi ; alertent les services concernés.

 

Il est comme un Dieu. 

Omniprésent

Omnipotent 

Oppressant

 

Je n’en peux plus.

 

Notre démarche,

Notre carrure,

Notre visage,

Nos yeux,

Chaque partie de notre corps,

Tout.

Tout ce qui nous définit en tant qu’être unique,

Ce tout est notre empreinte.

Grâce à notre empreinte, Il nous reconnaît toujours.

 

Si je retire la puce qui est en moi, je deviens alors ennemi de la Société … à faire disparaître de la surface.

 

Etc…

 

Sans fin…

 

A l’infini…

 

 

Jusqu’à la mort.

 

….

 

Je saute du pont.

 

 

Durant ma chute, je me pose une dernière fois cette question : comment en est-on arrivé là ?

A l’époque, la majorité de la population ne pensait qu’à soi et ses intérêts directs. Certains demandaient plus de sécurité. Encore plus de patrouilles dans les rues, encore plus de caméras. Les lobbys, les industriels et les penseurs de la Sécurité, au services des personnes dans haut, faisaient tout pour alimenter et exploiter les sentiments de peur. Le tout avec des technologies en constante transformation.

Sont apparus les premiers robots. « Trop cool ! » pensait la majorité. Au début, ces robots étaient idiots et ne ressemblaient à rien. Mais, petit à petit, années après années, ils sont devenus malins et ressemblants aux humains. Trop malins. Trop ressemblants.

Et les opposants dans tout ça ?

A l’heure de mettre fin à cette vie qui est la mienne – en fin de compte la sienne – ces gens là sont devenus inexistants.

Avant les catastrophes, ils ont bien failli renverser l’Ancien Monde. Ce monde que l’on nommait Capitalisme et qui a créé les outils nécessaires à l’avènement de l’actuel. Ce monde qui a permis à ce cauchemar qu’est le présent de devenir réalité.

Les luttes étaient partout. Les États perdaient de leur légitimité. Certaines zones se libéraient des oppressions. Des régions autonomes naissaient et montraient que les réalités pouvaient être radicalement transformées. D’autres étaient entrain de s’affranchir. Le Capitalisme s’effondrait.

La cupidité de ce système avait bouleversé et menacé jusqu’à leur disparition les environnements dits naturels. Cette soif de profit avait conduit l’Ancien Monde à sa perte. La soif de profit de ce précédent Système amenait la nature à disparaître.

 

Toute l’organisation sociétale s’en était vue ébranlée : 

Pénurie d’eau potable et épuisement des ressources,

Désertification à grande échelle et feux de forêts,

Tornades et ouragans,

Montées des eaux et inondations,

Famines, épidémies et déplacements de populations,

Luttes entre communautés pour la survie.

 

Avec ces désastres, le conflit devint global. Tout n’était plus que guerre … nucléaire par-dessus tout.

Après les innombrables bombardements, une grande partie des survivantes et survivants demandèrent paix et sécurité.

Une élite répondit à ces demandes, à sa façon. Elle instaura le Parti d’Ordre Mondial et d’Unité.

Ce pouvoir là, c’est Lui, incarné par ces gens d’en haut et s’exécutant à travers nous.

Quelques régions éloignées éloignées ne sont pas sous son autorité. Là-bas s’y trouvent les derniers rebelles. Ces régions sont inexploitables, Il n’en veut pas. Par contre, Il souhaite la mort de ces terroristes. Car c’est gens sont une menace pour la Sécurité et l’Unité.

Ici, on nous dit que les rebelles nous veulent du mal. On nous dit qu’ils perdent du terrain. Qu’ils seront bientôt anéantis. Mais impossible pour nous, celles et ceux d’en bas, de le vérifier.

Impossible car inaccessible.

Trop loin et trop dangereux. Trop de gardes, de robots et de drones. Trop de détecteurs de mouvements et de caméras intelligentes. Trop de murs, de fossés et de barbelés. Trop d’outils de mort. Trop de tout ça entre ces gens et nous.

  

Voilà maintenant que le sol arrive contre mon crâne. 

Dans ce Monde, la mort c’est la libération.

Je suis libre

Enfin !

N.

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