J’aime Bruxelles, ses quartiers populaires, et
l’authenticité des gens que j’y croise.
Ces héros de la vie de tous les jours qui loin des
châteaux de marbre arpentent le pavé sans prétention.
Ils sont d’un ordinaire sublime.
Au détour d’une rue, d’un étalage du marché des
Marolles ou sur les trottoirs d’Anderlecht ils vivent,
gravitent, affrontent les embûches que la classe
dominante place inlassablement sur le chemin
de leur existence.

La voracité des hommes en beaux costumes qu’on
ne croise pas dans ces rues est infinie, ces appétits la
jamais ne sont rassasiés.

Ces rues sont le reflet de cette vie que l’on voudrais

cacher, cantonner et cloisonner elles nous renvoie
à la figure et nous force à voir la légitimité des vies
qu’elles hébergent.

Des poubelles renversées aux odeurs de pisse
qui agressent le nez, des bouteilles cassées aux
poèmes parfois maladroits tagués sur les murs,
des clochards qui interpellent dans l’espoir d’une
petite pièce, d’un sourire.

L’espoir d’un regard qui leur prouverait qu’ils existent
encore, tout dans ces rues transpire de vie. Ces vies
sont celles que l’on achète pas, elles ne sont pas
étendues dans les rayons aseptisés des grandes
surfaces du capitale.

 

Ces rues et les vies qu’elles abritent sont les
fondations du monde d’hier, du monde d’aujourd’hui
et du monde de demain.

Les hommes en beaux costumes qu’on n’y croise
jamais feraient bien de s’en rappeler à l’occasion avant
que l’édifice ne s’effondre les engloutissant dans les
décombres d’une haine justifiée.

Adrien Lepoing. 

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