Un poème extrait de la sixième anthologie des poèmes du Mot : Lame, Nos Périodes – VI – Menstruations. Image extraite du film : Le Songe d’une nuit d’été  par William Dieterle et Max Reinhardt, 1935.

Avril

Elle : Je sens que je vais les avoir
Lui : Comment tu le sais ?

*bruit des mers*

Il t’arrivait parfois de m’inviter au sommet des collines
Nos trajets étaient longs
tu ne disais rien
Nous marchions
Le bruit des vagues parlait à travers toi.

Mercredi

Elle : J’ai du retard.
Lui : C’était quand la dernière fois ?

tu n’étais pas d’accord pour dire que le Soleil allait se coucher
tu trouvais le mot inadéquat
passer te semblait plus correct
alors tu disais comme ça allons assister à un passage
et le trajet se poursuivait

*en silence*

Lui : J’ai toujours aimé t’accompagner en haut des collines.

 

Début de l’heure bleue
Tu m’as demandé s’il était possible que le soleil échange sa place à la Lune
et qu’il veille sur nous tandis qu’elle irait passer pâle
je trouvais l’idée intéressante.

Deux jours avant

on s’était déjà attachés à faire et à défaire ce trajet
à monter et à descendre
à mourir et à renaître.

Elle : C’est comme cela que nous avons grandi ensemble.

Demi-lune

J’ai appris qu’il y a un temps pour cueillir les mangues
et un temps pour remercier la terre
on m’a toujours interdit de pleurer en public.
Pourtant personne ne m’a appris à demander de l’aide quand la marée monte.

*Coton-candy manjiin buu*

Toi tu as appris qu’il y a un temps pour montrer les crocs
et un temps pour regarder passer les loups
on ne t’a pas non plus appris le langage des eaux
On t’a toujours fait croire que tu devrais te cacher pour saigner

Premier croissant

Tu as maquillé tes yeux d’un bandeau écarlate qui te couvre le regard.
Est-ce pour y voir plus clair ou pour remettre à la vue de tous
ce qu’ils veulent que tu caches ?

Deuxième jour

Nous avons passé l’âge de penser que l’eau est rouge parce que tu t’es blessée en t’asseyant sur la cuvette.

Pleine lune

Je vais mourir, naître, mourir et re-être, renaître-mort, et je vais naître et te retrouver, encore, être mort, naître mourir et renaître
me croire immortel et une dernière fois mort.

Heure dorée

Elle : Raconte-moi tes lunes.
Lui : C’est comme si chaque présence habitait mon intimité. Dans ma tête l’écho des pensées ricoche. L’esprit est un grand désert, je marche, je cherche, je ressens, je hurle.

Crépuscule nautique

Le Soleil est passé et j’ai tout appris de tes genoux
Les oiseaux sont bleus
Les sorcières se réunissent autour de l’idole
Quelque part un poète pense que les nuages sont le reflet de l’écume et qu’il suffirait d’accrocher au ciel des étoiles de mer pour affirmer haut et fort que la vie est un théâtre, que le genre est un rôle, une histoire de croque-mitaine…

*bruit des mers*

Le jour d’après

Assis aux pieds des collines
La marée grignote l’ombre sous nos pas
Les envies dans ton regard enseignent

Eux : J’ai tout appris de toi

Nous savons désormais que l’oraison des vagues est l’appel à l’horizon de nos côtes.

 

NM