Les considérations environnementales pèsent généralement peu de poids politique dans la balance lorsque confrontées à des perspectives économiques juteuses. Comme d’ailleurs l’opinion de la population. Les courts-circuits entre acteurs politiques et économiques sont bien trop saillants, et le graal que représente la croissance figure au cœur du programme de tous les partis politiques Belges. C’est ainsi qu’une fois de plus, un site naturel regorgeant d’une magnifique biodiversité, chose de plus en plus rare dans un monde à l’agonie, est menacé.

La Sablière de Schoppach, située à Arlon, est une zone revêtant un important intérêt biologique. Plusieurs espèces rares et classées vulnérables ou en danger y résident, telles que le triton à crête, l’hirondelle de rivage, l’alouette lulu ou encore plusieurs papillons menacés. Une première tentative de destruction de la Sablière avait déjà eu lieu à la fin des années 2000. Cette zone est en effet considérée comme SAR : site à réaménager. Elle est décrite par la région Wallonne comme un lieu à « qualité paysagère élevée » doté d’un « écran végétal complet », mais surtout d’un « fort potentiel économique ». En d’autres termes, il faut construire.

En 2017, le conseil communal d’Arlon acte, à l’unanimité, la vente de 80% de la Sablière (qui compte au total 31 hectares) à IDELUX pour 3,5 millions d’euros[1]. L’impact sur la biodiversité n’est presque pas évoqué dans le PV du conseil communal. La seule inquiétude des conseillers communaux porte sur la crainte que le site soit utilisé comme zone de stockage ou encore comme zone commerciale. Il faut s’assurer que l’on crée de l’emploi. Il s’agit là du principal objectif de cette vente. En construisant des infrastructures prêtes à accueillir des PME, on espère créer de l’emploi dans la région. Quatre ridicules hectares sont « laissés » au Département de la Nature et des Forêts pour « maintenir une ceinture verte autour du terrain ». La survie des espèces indigènes est donc en danger.

 

Et toi lulu tu fais quoi pour la croissance ?

 

 

IDELUX est une intercommunale active dans les provinces de Liège et du Luxembourg. Elle a notamment pour mission de concilier l’oxymore « développement économique et gestion de l’environnement » dans une perspective de développement durable[2]. Ouf, c’est labélisé durable, nous voilà sauvés ! Près de quarante ans après l’invention du concept de « développement durable » – farce du capitalisme en pleine expansion dont toutes les entreprises se réclament désormais adeptes – la situation écologique planétaire est pire que jamais. L’inanité de ce concept est manifeste. La preuve à Arlon en image.

 

Subsidié par la Région Wallonne à hauteur de plus de 430.000€, le site devrait donc devenir un zoning pour petites et moyennes entreprises d’ici 2020. Papillons : faites place aux béton, hangars et autres bureaux de verre et d’acier. Mr Collard, directeur général d’IDELUX, n’exerce aucun de ses 21 mandat dans le CA d’une asbl de lutte pour la défense de l’environnement[3].

 

On pourrait penser qu’il s’agit ici d’un problème marginal. Que représentent en effet ces 31 ha à l’échelle de la Belgique ? Reste que le cas de Schoppach est symptomatique d’un problème plus large, à savoir celui de l’artificialisation des sols en Wallonie, et dans le monde. L’artificialisation des sols s’accroît en effet de manière inquiétante. On estime que chaque année, 12 millions d’ha de sol sont perdus[4]. Les conséquences sont dramatiques. Cela empêche l’infiltration d’eau, l’artificialisation renforce l’érosion des sols, les coulées d’eau boueuse et le risque d’inondation. De même, la biodiversité s’en trouve décimée.

À Arlon, c’est tout un écosystème qui est mis en danger par le projet d’IDELUX.

En Wallonie, on estime entre 180.000 et 268.000 hectares la surface artificialisée, soit entre 11 et 16 % du territoire. Cela représente une augmentation de 58.600 hectares en 35 ans. L’essentiel est dû à la construction de surfaces résidentielles, mais les activités industrielles jouent également un rôle important. L’artificialisation des terres est un symptôme des dommages causés par la civilisation industrielle. Les écosystèmes détruits ne réapparaissent pas. La biodiversité ne reprend pas ses droits du jour au lendemain. La civilisation industrielle a déjà causé suffisamment de dommages au vivant. Aujourd’hui nous ne devons et ne pouvons plus tolérer ces projets destructeurs et inutiles.

 

C’est pourquoi nous appelons tout⋅e⋅s celles et ceux qui aiment le vivant à se rendre à Arlon le 26 et le 27 octobre pour défendre la Sablière.

 

De SAR en ZAD, contre IDELUX et son monde.

 

Deep Green Resistance Belgique.

 

[1] https://www.arlon.be/ma-commune/vie-politique/conseil-communal/proces-verbaux/2017/20170320.pdf

[2] https://www.idelux.be/servlet/Repository/objectstrat-2017-2019-v2.pdf?IDR=42705

[3] https://www.cumuleo.be/mandataire/7963-fabian-collard.php

[4]https://www.notre-planete.info/actualites/2861-artificialisation-impermeabilisation-sols

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