La rivière tiède et tendre à qui tu tends ton pied nu te parle de tes enfants qui jouent sous la tonnelle depuis des années.

Les grelots de fleurs blanches, des clématites m’as-tu dit un jour, tombent, mûres et chaudes sur les dalles cévenoles sèches.

Un pas dans ce monde est une trace pour l’autre.

Tant de choses ont été écoutées et ont sautées de branches en branches, comment suivre le son de ta voix qui a empli les gorges et déployé les langues.

Qui es-tu ? ombre d’ombres d’ombres, reflet de l’expérience, talus d’ombres reflétant l’intérieur de vous-même.

Je t’ai aimé et j’ai empli le ciel de notre odeur.

Le lit sent le vent, et les nuages coulent de ta bouche. La rosée m’embrasse, c’est toi qui as pris la fraîcheur du matin pour rencontrer l’été brûlant que je suis.

Sous tes mains les violettes poussent,

tes caresses sont des cascades qui s’entendent jusque dans les déserts, et font écho à l’eau qui coule sous le sable. Sois-toi, et pour toujours. Tu es tombé un jour de mars et les gouttes d’amour m’ont habillée.

Les saisons sont des frontières, les oiseaux rêvent de toi et de moi et ils bavent. Les pollens volent et habillent les abeilles de jaunes.

L’Oiseau s’est posé sur ma langue et te réveille, il chante ce que furent tes ancêtres. Tu écoutes et tu rougis, tu ne refais donc que ce qui fût ?

Tu manques à ma bouche qui te rêve, l’autre soir on marchait dans la forêt, à l’heure de la nostalgie qui sonne l’angélus, et c’est sous les sous-bois qu’elle prit la mousse verte pour ta peau.

Et ma bouche embrassa la mousse, en silence.

— Célestine Wille

La rivière tiède et tendre est un poème de Célestine Wille publié dans la première anthologie Nos Périodes.

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