Quelques notes en faveur de la Commune.

Coucou Idelux !

 

« Promenons-nous dans les bois,

Tant qu’IDELUX n’y est pas.

S’IDELUX y était, on les mangerait ! »

1.La réalité dont il faut partir c’est qu’il y’a une guerre qui nous est menée. Tantôt sourde et cachée entre les quatre murs d’un bureau cossu. Tantôt bruyante et assassine, par les armes ou les bulldozers. A la désormais traditionnelle guerre de classe est venue s’ajouter une autre guerre. Une guerre consciente contre toutes formes de vies.

 Le but de cette guerre-là est de transformer l’ensemble du monde en marchandise

 De plus en plus abondantes la marchandise humaine perdait en prestige aux yeux de nos maitres autant qu’elle perdait en valeur sur le marché de l’emploi. La marchandise ouvrière, la marchandise-salariée, la marchandise policière ou sociologue entrait dans sa phase de surproduction. Et puis, après avoir fait de chaque moment de la vie une partie du travail quotidien, après avoir fait croire qu’il existait des heures de travail et des heures de loisir, après avoir suscité  le désir de travailler dans le but d’avoir des loisirs, ils se lassèrent un peu du cobaye humain. L’amusement s’effaçait face à tant de docilité. Les dispositifs devenus autonomes maintenaient les corps dans un espace et un temps convenable.

 Tout roulait.

Mais déjà il ne suffisait plus aux maîtres du monde ainsi qu’à leurs auxiliaires d’avoir réduit chaque femme et chaque hommes en marchandise. Chaque arbre, chaque fleur, chaque oiseau devait désormais aider les dispositifs à nous maintenir sur le bord de la route, avançant toujours, en ligne droite, d’une ville en béton à l’autre.

« Puisque que l’humain est devenu une marchandise, un automate qui répète chaque jour les gestes apprit dans l’enfance à fin qu’il s’autoproduise ; il ne reste qu’à lui bâtir le décor qui convient à sa condition de machine. » disaient-ils avant d’ajouter :

« Tout roule encore. »

 

2. Voir balbutier quelques puissants est toujours un spectacle amusant. Il semblerait qu’à Arlon, la ZAD soit tombé sur une mine – une mine d’argent. Ici on se justifie. On invoque l’artisanat ou je ne sais quelle prétendue identité bruxelloise de la ZAD. On parle de destruction certes, mais de destruction écologique. On ira même jusqu’à assurer qu’on laissera six hectares de bois. Le long de l’autoroute. On enverra sa télé filmer. La gêne est palpable chez quelques assureurs luxembourgeois ou autres spationautes cumulards. Nous aurions aimé voir la tête de ces vieux notables lorsqu’un journal titra « des écologistes et des gilets jaunes occupent la sablière. ». Pour qui passe sur la ZAD, il devient vite évident combien tout le monde déteste IDELUX.  Il semble qu’il y’a dans le coin, une sortes de désinvolture d’un pouvoir devenu fou, qui bétonne, détruit, exproprie, se lie en clan à seule de fin de régner et de fructifier. Pas besoin d’être Sherlock Holmes pour comprendre à qui cela profite en premier. A Arlon règnent les promoteurs. «  Tout doit disparaître » disent-ils.  De manigances en alliances de toutes sortes, tout un monde s’entremêle dans une consanguinité amicale, familiale et au final, une interdépendance financière. Mais s’étonnera-t-on encore que le pouvoir a tout…d’une secte ?

3.La ZAD est devenue un point de ralliement entre différents mondes. Elle rassemble ce double avantage d’être à la fois occupation et mouvement. Les soutiens à la ZAD, des plus discrets aux plus risqués se sont manifesté et, si l’occupation représente une partie essentielle du mouvement elle n’en est pas le centre. Elle n’en est qu’une matérialisation. D’un peu partout sur le territoire la ZAD a trouvée des complices. Trop habitué aux mouvements politiques, les dispositifs de maintien de l’ordre cherchent un centre à attaquer. Ils l’appellent tantôt «  la personne qui a pensé cela », tantôt ils cueillent au hasard des campeurs trop loin des bois. Ils sont comme incapables de comprendre que c’est un mouvement qui n’a pas de centre, en ce qu’il est justement une alliance. Et peut-être est-ce pour cela qu’ils se croiront obligé d’employer la force brute. La ZAD est venue souligner l’arbitraire d’un pouvoir local – courroie de transmission du pouvoir global – que toutes et tous avaient déjà constaté depuis longtemps. La ZAD d’Arlon catalyse donc plusieurs formes de luttes disséminée dans plusieurs foyers de lutte dont le nombre ne cesse d’augmenter puisque sa forme peut être à la fois individuelle ou collective, commune, ou secrète. Trois volets sont mis principalement en jeu : le déni démocratique, la préservation de la biodiversité, et la possibilité de changer la vie, ici et maintenant. Et toutes ces formes de luttes trouvent leurs expressions, leurs méthodes, leurs liens et leurs compromissions. Une multiplicité d’affinités, de liens affectifs préalables ou soudains, de pratiques communes ou complémentaires font sans cesse s’élargir le mouvement.

À chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues. A.R

  1. On ne dira jamais assez combien la ZAD est une œuvre sociale. Ici se vivent et s’inventent des formes de partage et de solidarité, d’autres manières d’occuper l’espace et le temps. La ZAD installe un magasin gratuit, ouvert à toutes et tous où chacun et chacune peut venir prendre les vêtements ou couvertures dont il a besoin. Sans demander, sans devoir expliquer. Ou chacun et chacune peuvent se nourrir et cuisiner s’il vient en ami.e.. D’évidence, quelque chose y dissone dans la grande musique commerciale de la métropole. D’ailleurs, on y entend les oiseaux chanter comme on y voit briller les étoiles.
  2. On y vient comme enfant perdus, orphelins du monde. On y trouve quelques choses d’autres. Une autre manière d’être soi. Une autre manière d’être ensemble. Toujours à inventer. Puis l’on en vient à se dire que la vie se situe là, au seuil. Par-delà les mondes. Par-delà les milieux. Sur le fil. Ici le mot asile reprend son sens le plus beau. On s’implique dans le réel – jusqu’au malaise. On retrouve la passion de se retrouver. On suit les sentiers de la conspiration.
  3. Construire un golf, un éco quartier, un zoning, un centre commercial, un parking. Détruire, refaire, reconstruire. Dépolluer. Bétonner. Casser. Casser. Casser encore. Faire du bruit. Abattre. Se moquer des gens. Les insulter. Les Intimider. Casser. Casser. Casser encore. Une sablière par ci. Un bois pas là. Exproprier des personnes âgées pour que Thomas et Piron puissent construire. Bref, casser encore. Des maisons, des bois, des zones de grands intérêts biologiques, des vies. S’offusquer pour trois vitres et trois tags. Traiter les zadistes de gens violents. Ne pas avoir honte.
  4. Pour qui passe dans l’ancienne Sablière de Schoppach et les bois qui la surplombent vient comme une évidence. Faire un zoning ici est une absurdité. Autant qu’elle est une absurdité politique, démocratique, ou écologique, elle est une absurdité esthétique. La ZAD est une forme de la poésie directement vécue.
  5. Il y a entre la poésie directement vécue et la poésie écrite la même différence qu’il y a à contempler un papillon épingler à un mur et observer un papillon en plein vol. Dans cette dernière situation l’œuvre fait monde, dans cette première l’œuvre témoigne d’un monde absent.
  6. Nos mondes éclosent dans la joie, s’embrasent dans le partage.
  7. L’ennemi encore n’a pas vraiment porté de coup. Sans doute, comme toujours, il comptera sur les affects du vieux monde que toutes et tous portent encore en soi. Par-là force il viendra ensuite réimposer le droit. Cette poésie qu’il voudrait seule souveraine et qui parle toujours en défaveur de la vie. Car la force toujours fonde le droit. L’Etat tout comme le Parti des Cravates savent mieux que quiconque.
  8. La ZAD, à la suite des centres sociaux autogérés de Liège ou de Louvain la Neuve, est une nouvelle affirmation que : « Nous voulons nous-mêmes bâtir notre maison, notre villages, notre cité, pour les habiter de nos propres coutumes. Les construire, les penser, selon une autre architecture, selon un autre art de vivre. Rien n’est plus mutilant que cette manière de vivre à basse intensité imposé partout. Que ces maisons et ses centres commerciaux qui défilent identiques derrière les vitres du train. Ces horaires qui font se ressembler les semaines, les années, les vies. Comme il est doux et intense de vivre en amis, ensemble, selon nos coutumes et nos architectures. »
  9. –« Mais quelle sont vos revendications ? » -« Le zoning est annulé. »

 

Leave a Reply

S’abonner à la newsletter