« Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ces ennemis plutôt que sur ces résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique. »

« Pour tout service de renseignements, sur ce point en accord avec la juste théorie clausewitzienne de la guerre, un savoir doit devenir un pouvoir. »

Guy Debord

I

On sait depuis le 29 novembre que le déploiement policier qui a mis la ville d’Arlon en état de siège était commandité par les fédéraux et non par Magnus. Ce dernier est devenu à l’occasion le sous-fifre de la raison d’État, qui lui a entre autres dicté l’ordonnance de police délirante qui prévalait ce jour là. On sait bien sûr que la Sûreté de l’État se cache derrière cette opération. C’est elle qui fournit les renseignements nécessaires à l’OCAM pour évaluer les « menaces en matière de terrorisme et d’extrémisme », dont on a fait l’objet afin de justifier une intervention de ce type. L’inventaire de nos méfaits dressé par la Sûreté de l’État et évalué par l’OCAM comme menace de niveau 2 a en effet été rendu public quelques jours plus tard par un accusateur assermenté du parlement.

II

La démesure du dispositif, dont le coût et le nombre d’effectifs ont été soigneusement passés sous silence, peut être interprétée comme une simple démonstration de force de l’État, ayant valeur de mise en garde. L’opération avait également pour but de ficher et d’évaluer les soutiens venus de l’extérieur. En témoignent les nombreux contrôles d’identité, quelques arrestations ainsi que le nombre important de voitures banalisées circulant aux alentours de la zone. On peut se demander si l’opération ne visait en outre à évaluer notre réponse à une possible expulsion, comme on peut se demander dans quelle mesure tout cela n’était qu’un beau coup dans l’eau.

III

La question de l’expulsion, imminente ou non, reste épineuse. Malgré l’ordonnance d’IDELUX qui est tombée, il est difficile de discerner quels intérêts ils pourraient retirer d’une expulsion à très court terme, risquant de cristalliser encore davantage l’opposition à leur encontre, alors que le projet n’en est qu’à ses prémisses. Ils connaissent les conséquences d’une expulsion par la force, mettant leur réputation en jeu en cas de bavure, falaise et autoroute à charge. Il est possible que l’expulsion ne soit agitée que comme menace dont l’exécution serait sans cesse reportée, nous forçant à répéter des appels au loup afin de nous user. Comme il est possible qu’elle soit mise rapidement à exécution, sous l’impulsion d’une pression nerveuse qu’on sait fragile de leur part, voire encore sous pression extérieur de l’État. Toujours est-il qu’une expulsion de cette ampleur serait chose inédite et nécessite un certain temps de préparation, ce qui laisse croire qu’elle n’aura pas lieu du jour au lendemain.

IV

Il reste également plusieurs zones d’ombres au niveau juridique. L’ordonnance d’expulsion s’étant faite au moyen de la loi anti-squat repose sur une base légale invalide puisque celle-ci ne concerne que l’occupation de bâtiments, mais tout recours est d’ores et déjà non-suspensif, en plus de s’élever à plus d’un millier d’euro. Se pose aussi la question de savoir si la portion de territoire gérée par le DNF appartiens réellement à la Région wallonne, comme un de leurs agents nous l’a signifié, et ce que cela a d’implications. Enfin, on a appris récemment dans la presse que les coûts de l’expulsion et du démantèlement seraient retenus à charge des occupants, ce qui serait une primeur.

V

Tout ceci indique que le contexte n’est pas celui d’une bataille purement locale. À l’évidence, il s’agit d’un prolongement de la guerre civile, entendue comme guerre livrée à quiconque s’organise en dehors du contrôle imposé par le gouvernement. Là est bien la mission de la Sûreté de l’État : neutraliser tout opposant politique au système, d’emblée qualifié d’extrémiste. Cela équivaut au rôle d’une police politique, signe évident de toute forme de totalitarisme. En ce sens, la démocratie que nous connaissons n’est rien d’autre qu’une élite au pouvoir qui s’est donnée des moyens militaires pour empêcher tout changement et maintenir un système inégalitaire et destructeur en place. Il importe donc d’en prendre acte et de réfléchir aux moyens à notre disposition pour y faire face.

VI

Reste donc à définir une stratégie en réponse à ces éléments. Comme cela s’est déjà vu ailleurs, annoncer publiquement la réoccupation de la zone en cas d’expulsion fait jouer la menace en notre faveur. En attendant, la réunion du mouvement en assemblée pour discuter de ces questions semble devenir pressante. De la stratégie que nous pourrons mettre en œuvre et du rapport de force que nous pouvons tenir dépendront notre capacité à faire Commune.

 

Photo d’en-tête : Elan sur Lans.

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